VALERIE, 47 ANS, SANS EMPLOI SALARIE, REGION PARISIENNE

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A partir du moment où tu es dans la bonne direction, sur le bon chemin, toutes les opportunités s’ouvrent à toi.

Son univers

Son parcours de vie

Valérie a un parcours atypique, riche. Elle a arrêté l’école en 5ème, il y avait pas mal de problèmes dans sa famille. A l’époque, on a essayé de l’orienter dans différentes voies, fait faire des stages. Mais à cet âge, elle avait surtout envie de jouer et ne supportait déjà pas l’ordre établi. Elle est tombée dans la petite délinquance, tout cela l’amusait, comme se faire courser par la police dans le quartier de Belleville et parvenir à les semer. A 17 ans, sa mère lui a posé un ultimatum. Soit elle suivait une formation de secrétariat, soit elle la mettait à la porte. Valérie a choisi la formation. Elle a commencé à travailler. Jusqu’à ses 24 ans, elle a eu une vie classique, s’est installée dans un premier ménage. Puis elle a rencontré son futur mari, un artiste américain. Cet homme l’a marquée, il lui a fait comprendre que c’est une femme intelligente et lui a conseillé de reprendre ses études. C’était la première personne à lui suggérer de faire ce qu’elle aimait faire, alors que dans sa famille, on faisait ce que l’on devait faire. A partir du moment où elle fut dans la bonne direction, sur le bon chemin, toutes les opportunités se sont ouvertes à elles. Elle a fait les bonnes rencontres au bon moment. Elle m’évoque la pensée du philosophe Alain “le bonheur n’est pas un concours de circonstances, c’est un état d’esprit”. Pour Valérie, il ne faut pas persister dans ce que l’on sent ne pas être bon pour soi. C’est un principe qu’elle affirme avoir souvent vu s’appliquer, à elle et à d’autres. Cela a été le cas lors de sa préparation au concours pour pouvoir entrer à l’université avec une équivalence. Elle se souvient encore de sa dissertation sur Pirandello et le diable.

Dès lors qu’elle a commencé à étudier, sa vision du monde a changé. Elle a été éduquée dans un univers ouvrier, où l’on ne se pose pas de question. Jusque-là, son indignation avait été instinctive, développée autour d’une sensibilité exacerbée à l’environnement. A présent, elle pouvait conceptualiser son indignation, la verbaliser. En 1993, les professeurs de Paris 8 étaient pour la plupart d’anciens soixante-huitards qui transmettaient leurs passions et leurs expériences à leurs élèves. Depuis cette époque, elle se trouve entre deux eaux, elle a toujours en elle ce fonctionnement instinctif et inconscient profondément ancré et elle doit le faire cohabiter, l’enrichir de cette nouvelle prise de conscience. Elle doit faire dialoguer ces deux parties d’elles-mêmes, leur trouver un équilibre. Pour rattraper le temps perdu, elle a fait de la boulimie de savoirs, un peu comme Obélix et la potion magique. Elle s’inscrivait à des tas de cours différents, sans forcément tous les valider. Elle avait aussi une forte volonté de rentrer dans la norme. Ce n’est pas facile de passer un DEUG, quand on a arrêté ces études en 5ème. Elle était mariée, vivait de petits boulots mais pouvait étudier autant qu’elle le souhaitait et ce qu’elle retient avant tout de cette époque, c’est la grande liberté dont elle jouissait.

Fin 1999, Valérie était titulaire d’un DEUG et avait quasiment validé sa licence. Mais entretemps, elle s’était séparée de son mari, avait perdu sa mère puis son père et a commencé à avoir du mal à joindre les deux bouts financièrement. A 28 ans, elle recommença à travailler, heureuse d’avoir un peu d’argent et de moins avoir à se soucier des fins de mois. Elle avait choisi l’intérim, par crainte de s’enfermer, mais pendant la dizaine d’années que cela a duré, elle a été maintenue dans une certaine précarité, elle était toujours sur le fil. Alors quand on lui a proposé un premier CDI, elle a hésité, c’était une attache, mais comme le poste lui plaisait, elle a fini par accepter. Elle pensait vivre un rêve, elle a vécu un cauchemar. Elle a subi le harcèlement, elle s’est peu à peu éteinte.

Elle a alors décidé de recommencer là où elle s’était arrêtée la première fois, 10 ans avant. Elle a retrouvé ses anciens professeurs, s’est réinscrite à l’université. Mais rapidement, son corps l’a rattrapée. Son genou a lâché. Elle m’explique que symboliquement, les maux du genou viennent de notre volonté de ne pas plier. Elle s’est faite opérer, a dû travailler et elle a trouvé un CDD de 3 ans. Et là, de nouveau elle s’est retrouvée face au harcèlement. Cela ne pouvait pas venir d’elle, une dizaine de personnes avaient déjà craqué avant elle. Elle a décidé de prendre les choses en main. Elle s’est syndicalisée, s’est battue. En 2011 elle s’est dit qu’il fallait vraiment qu’elle termine ce qu’elle avait commencé. Elle a négocié dur avec son entreprise, elle est retourné une dernière fois à l’université, et a décroché sa licence. La procédure avec son entreprise s’est achevée, et elle est sortie lessivée de cette année.

De nouveau, elle se retrouvait au pied du mur. Il lui restait 20 ans à travailler, elle qui, de petits boulots en boulots précaires, n’avait pas beaucoup cotisé au chômage ou à la retraite. Elle devait retrouver un sens à sa vie, à une activité professionnelle. Elle rencontre alors un voyant. Il lui parle de Bretagne et de travail avec les enfants. La Bretagne, elle en rêve depuis son enfance, les enfants, elle a toujours eu le feeling avec eux. Entretemps elle s’est investie bénévolement dans une association de théâtre.

Elle décide de passer un diplôme d’animatrice et de coordinatrice de projets sociaux culturels. Elle est diplômée depuis octobre 2014. Elle a réussi, a tenu les délais, respecté les engagements. De nouveau, elle affronte les maux du genou. Elle doit maintenant se faire son réseau dans cet univers pour décrocher un job et entamer un nouveau chapitre de sa vie.

Le monde tel qu’elle le voit

Le système nous a poussé pendant 30 ans dans l’individualisme, selon la logique du diviser pour mieux régner. C’est étrange car dans le monde animal, toutes les espèces s’appuient sur le groupe pour survivre. Mais pas l’être humain. Toutes les préoccupations du quotidien empêchent les gens de réfléchir et de se réunir. Valérie pense que tout cela est sciemment mis en œuvre. La seule exception qui a été concédée est la loi de 1901 pour la création des associations, dans la lignée de la Commune.

Sans vraiment aller jusqu’à soutenir la théorie du complot, Valérie s’interroge quand même sur le sort de ceux qui ont fait entendre une voix différente : Martin Luther King, Gandhi, Coluche. Dès que quelqu’un allume une lumière quelque part, l’humanité cherche à l’éteindre. La peur, mais surtout le pouvoir sont de vrais véroles pour l’humanité. Toutefois, il semble y avoir de l’espoir car il y a de plus en plus de gens éclairés dans le monde. Peut-être que grâce à Internet, maintenant on peut les voir, on peut se relier à ces communautés et se sentir moins seuls.

Ses idées

Le revenu de base

Le revenu de base offrirait à tout un chacun le luxe de la liberté d’être ce qu’il est vraiment.

C’est utopique dans la mesure où dans le temps présent, les gens ne sont pas prêts pour cette idée. Les actifs ont une vision des bénéficiaires sociaux de parasites ou alors, ils leur rappellent leur propre peur du déclassement social. C’est pour cela qu’ils les rejettent et en font des boucs-émissaires.

Le féminisme, les valeurs féminines

Valérie pense qu’il y a deux races humaines sur terre, les femelles et les mâles. Une femme peut apporter des choses en politique. D’ailleurs elle a voté pour Ségolène Royal à la présidentielle de 2007, même si elle trouve qu’au ministère de l’écologie, elle n’est pas à sa place. Ses femmes de référence sont Simone Veil ou Edith Cresson. A l’inverse, elle trouve que Christine Lagarde est une « caricature de bonhomme ». Mais cela reste compliqué de se faire entendre, de ne pas se lisser.

En tant que femme, elle se dit encline à une forme de solidarité féminine. Elle va naturellement aller aider une femme en difficulté. Même si les femmes peuvent être les pires rivales dans le monde du travail, au quotidien, elles restent assez solidaires.

Là où elle se sent féministe, c’est dans la défense des droits, comme le droit à l’avortement. Elle juge que cela fait des siècles que les femmes sont opprimées. Valérie ne pourra jamais se rendre dans un pays où les femmes sont mises plus bas que terre. Elle me fait d’ailleurs remarquer que lorsqu’un pays va mal économiquement, les femmes sont celles qui en subissent les premières les conséquences.

Le système démocratique

Le Front National

En France, comme en Inde, il y a des castes. Une partie de la population est résignée, prend les choses comme elles sont et fait avec, sans trop se poser de questions. Le FN répond à cette caste.

Marine Le Pen est brillante car elle est d’une pertinence imparable. Elle pose un constat, un diagnostic, une solution. Le programme du FN est en cela très carré. Sur le constat et le diagnostic, elle a malheureusement raison. C’est sur les solutions qu’elle a tort. C’est pour cela que c’est effrayant.

La France souffre aussi de son passé monarchique. « Le roi est mort, vive le roi. » Les gens attendent l’homme providentiel.

Europe-écologie-les-Verts

Valérie a le sentiment d’être arnaquée par les écolos. Elle voudrait voter pour eux mais leur manque de visibilité et de crédibilité la rebute. Daniel Cohn Bendit n’était pas pris au sérieux.

Elle trouve que la communication est nulle, les affiches ne lui parlent pas, les programmes sont loin des préoccupations des citoyens et ne la représenteraient pas complétement. On ne perçoit pas tout leur projet, par exemple sur la sécurité.

Elle comprend pourquoi les écolos sont sortis du gouvernement, Cécile Duflot a été très claire sur les raisons. Mais avoir laissé la place à Ségolène Royal au ministère de l’écologie n’est pas une bonne chose. Quelle idée par exemple de vouloir se débarrasser des loups. Les écolos devraient apporter leur goutte d’eau, même si ce n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan.

Toute vérité n’est pas bonne à dire, les écolos devraient être plus stratèges, être dans une logique de gagnant, ne pas s’affirmer contre mais être plus fins. Il manque un stratège qui définirait une vrai stratégie pour qu’ils arrêtent de passer pour des gentils empêtrés dans leurs querelles de clocher. Par exemple, même si Arlette Laguiller ou Olivier Besancenot étaient « sexys » et parlaient vrai, cela n’a pas fonctionné car ils ne se battaient avec les mêmes armes.

Au final, les écolos sont les boucs-émissaires du système car ils ne sont pas aguerris à son fonctionnement. Or pour combattre, si on peut avoir d’autres armes, il faut à minima avoir les mêmes pour pouvoir noyauter le système de l’intérieur. Dans le monde politique, tout le monde se tient par les affaires, la plupart se connaissent depuis les bans de l’école. On ne peut pas exploser le système de l’extérieur. On ne peut pas demander à un petit poisson de se défendre contre un requin, ou alors il faudrait un banc de poissons, et ça l’être humain n’y est pas prêt. Il faudrait qu’EELV fonctionne comme les autres partis, comme dans une meute de loups. Il y a un dominant qui impulse une dynamique de groupe, reste à choisir un leader positif et non un leader négatif.

Son vote

Valérie pourrait voter blanc pour contester mais comme cela n’est pas comptabilisé, ce serait admettre qu’on ne peut rien faire. Alors, même si la gauche caviar la rebute, pour faire barrage à la droite et au FN, elle vote PS. C’est la raison qui la porte dans son choix électoral, pas son cœur.

Son système démocratique

Pour Valérie, l’idéal serait d’être gouverné par une coalition comprenant un représentant de chaque parti, y compris le FN ; voire même supprimer les partis. Chaque représentant plancherait sur une problématique donnée dont il serait expert. Un système de collèges fait que les représentants se tiendraient les uns les autres. Chaque expert serait positionné à sa place mais travaillerait en fonction d’un cadre défini par un collège.

Il faudrait également développer les référendums, autour de questions simples, en respecter l’issue et développer la démocratie participative.

La France serait alors gérée comme une association à but non lucratif ou une SCOP  et on arrêterait de scier la branche sur laquelle on est assis. Le problème majeur, ce sont les privilèges, il faudrait une vie juste pour tous.

 

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