TOM, 22 ANS, GRAPHISTE, PRINCIPAUTÉ DE LAAS

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LA RENCONTRE

Dans un endroit incroyable, coincé entre l’Aveyron et le Cantal, où le temps est suspendu, où le collectif fait œuvre d’ouverture, où les anciens ouvrent leurs universaux nouveaux, j’ai rencontré Tom. Il était en vacances.

SON PARCOURS DE VIE

Tom a 22 ans.S’il est originaire de Vincennes, il vit aujourd’hui au sein de la principauté de Laàs, dans le Béarn.

C’est un touche à tout.En trois ans, il a commencé des études de graphisme, d’architecture, de design industriel, d’arts plastiques. Il a travaillé dans le domaine de la collecte de fonds pour des associations d’éducation des enfants, une bonne école commerciale de développement de son leadership et de son assurance. Puis il est parti en Inde.

S’il décrit sa famille comme « plutôt rangée » avec un père architecte d’intérieur et une mère graphiste, c’est sa passion pour le milieu du street-art et du hip-hop qui lui ontforgécet esprit de remise en cause des règles. Il a toujours ressenti le besoin de les contourner, de ne pas forcément suivre les chemins tout tracés.

Il a découvert l’existence du projet de la principauté de Laàs, un mois avant de partir en Inde pour 6 mois. Il s’est d’abord rendu à Bangalore avec son sac à dos et sa guitare, puis à Goa, à New Dehli ou au Rajasthan. Il a vécu une rainbow gathering avec six jeunes hippies, restant cinq jours en pleine nature sans aucun moyen. Par la suite, il a effectué une retraite d’une dizaine de jours dans un temple bouddhiste et a eu la chance de rencontrer le Dalaï Lama. A ce moment là, il était ouvert au changement, sans aucun a priori. Il aurait très bien pu rester et devenir moine bouddhiste, mais il me dit qu’il était trop « lâche » pour cela. Et on ne l’y a jamais incité à proprement parler. Un moine lui a présenté cette expérience comme un « supermarché de la vie ».  Alors Tom a poursuivi sa route vers le Népal, la Thaïlande, le Cambodge et le Laos. Il considère que ce voyage lui a permis d’avoir une vision plus étendue et plus ouverte de la vie, par les rencontres avec d’autres touristes, des bouddhistes, des paysans. Ces rencontres passaient parfois par le non verbal, notamment avec les paysans.

Aujourd’hui sa seule certitude est d’être sur une longue route qui ne se terminera pas et qu’il faut savoir se remettre en cause pour percevoir les bons et mauvais chemins.

SES SUJETS D’INTÉRÊT

LE TRAVAIL

Le travail devrait pouvoir être raconté avec fierté à ses petits enfants. Il doit avoir du sens et permettre d’œuvrer pour les générations futures. C’est notamment le cas avec les métiers artistiques et artisanaux.

Il est possible de subsister sans emploi salarié mais il faut apprendre à se détacher des espaces de consommation. Tom se rappelle à quel point il était heureux en Inde, se lavant avec un seau d’eau froide et dormant sur un lit en bambou. Si, jusqu’à 18 ans, il rêvait de gagner beaucoup d’argent, se passionnait de belles voitures, aujourd’hui il n’aspire plus à ça. Des amis à lui continuent pourtant d’avoir ces aspirations.

LA PUBLICITÉ

La publicité est une vaste mascarade et une intrusion dans les cerveaux. Elle dit « Vous êtes des cons, vous allez acheter nos produits ». Au fond, il faut prendre du recul sur ce que l’on perçoit, ressent et la manière dont on agit. La consommation de viande est à ce titre une aberration, ceux qui s’y adonnent sont dans le déni complet et fuient le débat. Ce que Tom a retenu, lui, de son voyage, c’est qu’il est possible de fondamentalement remettre en cause ce que l’on pense.

L’ÉDUCATION

Professeur devrait être le plus important et passionné métier du monde. Malheureusement on lesenserre dans un carcan, dictant ce qui est vrai ou faux plutôt que de les inciter à une remise en cause perpétuelle. Les voyages devraient prendre une place importante dans les parcours éducatifs, tout comme la philosophie, qui arrive malheureusement trop tard.

Si, pour le moment, Tom ne se projette que peu dans l’avenir, il me dit qu’il aura probablement des enfants. Car c’est la plus belle chose au monde que de donner du bonheur, d’initier et de transmettre, même si c’est aussi la plus difficile.

L’ALIMENTATION ET L’AGRICULTURE

Tom était déjà végétarien avant de partir en Inde et cela l’a renforcé dans ses valeurs de respect des animaux. Il n’est pas végétalien car, socialement, cela serait compliqué et il n’a pas assez de temps à consacrer à la cuisine. Pour vivre exactement selon ses convictions, il faudrait trouver une communauté qui nous ressemble, mais dans un sens, c’est enfermant. Pourtant, l’homme n’est pas fait pour manger de la viande. Il y a une part hallucinante de terres qui sont exploitées pour nourrir le bétail. Tom s’intéresse à la permaculture.

LE LOGEMENT

Dans son esprit, deux visions s’affrontent. Celle de l’architecte, qui cherche à créer un espace de bien-être, et celle du voyageur qui se rend compte que les gens heureux vivent dans des cases en paille, simple abris pour une viue dans la nature . SI aujourd’hui il a un appartement, il pourrait très bien vivre dans un camion.

Le problème en Europe, c’est qu’on ne vit plus assez dans la rue, sûrement du fait de la prédominance de la notion de propriété : plus on a et plus on se sent agressé et on veut se protéger dans une maison. Les festivaliers, occupants de ZAD retrouvent cette forme de vie et de lien social, hors du cocon. En Inde, il y a en permanence de la vie dans la rue.

L’ENVIRONNEMENT, LE CLIMAT, LA COP 21

Nous sommes comme un troupeau de sourds avec une alarme qui sonne et que l’on ne regarde qu’une fois par an, avant de reprendre sa vie sans rien changer.

Tom n’avait pas connaissance de la tenue de la COP 21 à Paris cette année.Il est assez critique sur les conférences environnementales. Il y a trop de compromis, les mesures ne sont pas contraignantes et non respectées, car on veut préserver l’industrie. Le capitalisme exige un bilan financier annuel, il n’y a pas de réflexion sur le moyen et le long terme.

LES SCIENCES ET LA TECHNOLOGIE, LA NOTION DE PROGRÈS

On nous présente le progrès uniquement du point de vue des avancées positives, par exemple en termes de médecine ou de découverte spatiale et comme pouvant justifier tout le reste. Pourtant, la vie, c’est d’accepter la mort et l’éphémère. Notre société ne veut pas l’accepter, pourtant en Inde, la philosophie est d’accepter le cycle de la vie, de la mort et de la réincarnation. Le Dalaï Lama le dit, « Il ne faut pas prendre le risque de ne pas vivre sa vie ».

LES TRANSPORTS

Aujourd’hui, l’Homme veut se déplacer vite, sans effort et le plus confortablement possible. L’impact sur la planète passe en dernier. Les transports sont à l’image de la société.

La voiture électrique est une fausse bonne solution, ce qu’il faudrait en fait, c’est un retour en arrière.

LE SYSTÈME DÉMOCRATIQUE

Le système n’a plus grand-chose de démocratique. L’élection ne propose qu’un panel de bureaucrates. Tom vote, mais généralement blanc. Les hommes politiques ne nous représentent plus, il devrait y avoir plus de Nelson Mandela et de Gandhi, un système de sélection par les pairs et une meilleure séparation des pouvoirs. Au-delà, Tom considère que chaque billet de banque est un bulletin de vote et qu’il y a un acte politique dans chaque achat.

Certains modèles du Nord apparaissent plus modernes, introduisant par exemple le tirage au sort. Il faudrait surtout supprimer le goût du pouvoir pour le pouvoir.

EUROPE-ÉCOLOGIE-LES-VERTS

C’est le seul parti pour lequel Tom a voté, mais ça ne devrait pas être un parti.

 

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