PAULINE, 21 ANS, Z, ETUDIANTE, BRUXELLES

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La politique a besoin de médiation, c’est comme d’assister à un spectacle d’opéra, il faut les clés pour la comprendre et la vivre.

La rencontre

Pauline a les yeux qui pétillent, un enthousiasme qui lui promet de beaux projets. Elle a été l’une des premières à me soutenir, m’entrainer sur ce projet. Je l’ai rencontré au chalet, le lieu qui permet à l’association Zellidja de transformer les individualités affirmées qu’elle crée en force collective.

Son univers

Son parcours de vie

Pauline est étudiante. Après des années lycée à Blois, ses études l’ont portée au Mans, à Angoulême, à Lille. Elle réalise actuellement un stage à l’espace Catastrophe à Bruxelles, un centre international de création des arts du cirque. D’abord destinée à produire des supports culturels et de communication, ses aspirations l’ont réorientée pour être au cœur des projets et non plus devant un ordinateur. Elle me dit que c’est l’expérience Zellidja qui lui a donné l’envie et la confiance d’aller au cœur du vivant.

Pauline appréhende déjà le milieu de la culture avec beaucoup de lucidité. Elle en connaît les contraintes financières, la tendance à l’entre soi malgré un discours d’ouverture. C’est difficile pour la culture de vraiment s’ouvrir. Si, dans une salle de spectacle, on enlève les personnes du secteur culturel et les enseignants, il ne reste plus grand monde. Il y a souvent une forme de snobisme. Malgré tout la culture reste un élément émancipateur fort pour l’être humain. Elle me raconte sa rencontre avec une compagnie de cirque palestinienne, leur travail auprès des enfants et des jeunes filles. Le cirque crée une bulle qui leur permet d’exprimer leur individualité, de découvrir le contact à l’autre, là où culturellement c’est peu concevable. C’est dans cette optique que Pauline souhaite travailler, dans le développement individuel et social dont la culture est le vecteur. Pour se faire, elle souhaite s’ouvrir à toutes les formes artistiques, le cirque mais aussi le théâtre, la musique, etc. Finalement, ce qui importe c’est le sens du projet et la personne qui le porte, bien plus que l’art mobilisé.

Ses envies

Pauline veut continuer à voyager pour alimenter ses projets et tout simplement ses envies. Elle veut monter des événements culturels en coopération, en France et à l’international. Elle porte son engagement vers les femmes actrices du commerce équitable, de l’artisanat et du commerce.

Le monde tel qu’elle le voit

Nous avons réussi à détruire notre planète et le siècle qui vient nous fera payer les erreurs du passé. L’écart entre les riches et les pauvres est toujours aussi problématique mais l’espoir réside dans les progrès constants de la médecine et plus généralement de la science. Les solutions existent ou progressent dans les énergies renouvelables, le recyclage mais ce n’est pas appliqué dans le sens de l’intérêt général. Comme cela ne rapporte pas encore financièrement, on reste dans des énergies polluantes. Quant au nucléaire, même si c’est de la haute-technologie, c’est assez flippant de voir les niveaux d’usure et la baisse de sécurité. Ce n’est pas une technologie orientée vers la vie. Tôt ou tard il y aura un problème en France et les conséquences sont irréversibles sur le long terme.

Pour ce qui est de la politique, la génération de Pauline est désabusée, elle n’y croit plus. La mondialisation est une lame de fond sur laquelle il semble impossible d’agir, reste les petites actions locales, concrètes.

Le monde tel qu’elle le rêve

Pauline attend une grande mobilisation collective autour de l’écologie. La politique et l’économie ne devraient plus être le point central de notre société. Il faut aller vers une forme d’éco-socialisme solidaire, construite autour des égalités Nord-Sud et des énergies renouvelables. Chacun doit prendre conscience des tenants et des aboutissants de ses actions.

Son action

Pauline agit à son échelle par le prisme culturel. Par exemple, dans sa ville des architectes ont créé des points de recyclage et des jardins partagés qui ont permis de retisser du lien social.

Ses idées

Le travail

Chaque personne attend des choses différentes du travail, mais il faut un épanouissement étant donné le temps que l’on va y passer. Les collègues vont devenir une sorte de deuxième famille. La reconnaissance peut prendre des formes différentes, mais pour Pauline, elle se traduit dans les échanges et interactions humaines que son travail lui offrira.

Pauline sait qu’elle est aujourd’hui exigeante et qu’il faudra peut-être qu’elle compose, en ayant un travail un peu moins épanouissant mais une activité bénévole et associative riche. Quoi qu’il en soit elle estime qu’il est important de faire des efforts, si l’on est moins bon dans certains domaines, il faut s’améliorer, trouver un équilibre et être productif pour s’intégrer.

le revenu de base

L’idée du revenu de base lui semble intéressante mais présuppose de faire des simulations poussées en fonction des profils de personnes, chômeurs, étudiants. Du fait des différences de niveaux de vie au niveau européen, au premier abord, cela semble irréalisable.

Pourtant, il est certain que l’argent nous pourrit l’esprit et que dans l’idéal il faudrait pouvoir se passer de cette préoccupation.

La publicité

La publicité impose des constructions sociales qui nous font du mal. Elle ne part pas de nos besoins réels mais d’une envie de vendre. Elle rend les gens malheureux, contribue à renforcer les stéréotypes, par exemple sur les femmes. Elle n’en voit pas les côtés positifs.

Le féminisme, les valeurs féminines

Il y a plein de manières différentes de concevoir la question du féminisme, sous l’angle de l’égalité ou de la complémentarité par exemple. Souvent, on tente d’assimiler les féministes à des « frigides mal baisées ». Cela ne sert pas la cause.

Pour Pauline, le féminisme, cela s’applique déjà dans sa vie de tous les jours, en s’indignant contre le sexisme ordinaire ou le harcèlement de rue. Surtout, le féminisme avance en luttant contre les stéréotypes qu’on a soi-même intégrés. Il faut repérer ce qui nous freine parce que nous l’avons intériorisé profondément et savoir le dépasser. Par exemple, en public, les hommes s’imposent alors que les femmes cherchent à préserver un certain équilibre. C’est le combat de toute une vie.

Le logement

En tant que jeune, Pauline est pleinement confrontée à la question du logement. C’est compliqué car on leur demande beaucoup de mobilité. Avec les stages, l’alternance, il faut avoir plusieurs pieds à terre. Or, il est impossible de payer plusieurs loyers ou d’avancer plusieurs cautions. Cette précarité pénalise l’épanouissement et la tranquillité nécessaire au suivi des études. A Bruxelles, elle loge dans un kot[1] de l’espace catastrophe. Elle n’est pas payée, mais est logée.

La vie, elle aussi, n’est plus linéaire. Les situations familiales éclatées, les situations de solitude, sont légion. Il faudrait plus de fluidité dans l’accès au logement, développer les espaces communautaires.

Le système démocratique

Pauline vote mais c’est un vote contre ou du moins mauvais. Avec peu de visibilité sur les partis politiques, sans en connaître de militants, elle n’en perçoit que des choses négatives, est effrayée par la transformation du FN. Elle ne se reconnaît pas dans ceux qui nous gouvernent, dans ce « milieu de mecs de plus de 50 ans ». Elle résume le système démocratique par « petites responsabilités petits arrangements, grandes responsabilités, grands arrangements ». Elle apprécie la position de Najat Vallaud-Belkacem, elle lui semble altruiste.  Elle avait lu une interview d’elle dans le magazine Causette et apprécié sa ligne de défense des ABCD de l’égalité.

La politique a besoin de médiation, c’est comme d’assister à un spectacle d’opéra, il faut les clés pour la comprendre et la vivre.

Le Front National

Rien que d’évoquer le FN fait froid dans le dos de Pauline, d’autant plus qu’elle reconnait que Marine Le Pen dégage quelque chose de sympathique. Elle sait que pour le milieu culturel dans lequel elle évolue, sa montée et ses idées sont très dangereuses.

Europe-écologie-les-verts

EELV est le parti qui a le combat le plus légitime mais reste le parent pauvre de la politique. Ils se font constamment attaquer par les médias mais conservent la sympathie de Pauline. Sur la présence ou la sortie du gouvernement, elle leur fait confiance pour avoir pris la bonne décision.

Ses références et dernières lectures

  • Plaidoyer pour l’altruisme de Mathieu Ricard.
  • King Kong théorie de Virginie Despentes
  • Bruxelles Nous Appartient est une organisation dédiée à la mémoire sonore, passée, présente et future de Bruxelles : http://www.bna-bbot.be/

[1] Un kot (ou kotje, petit kot) est un logement privé loué à des étudiants pendant l’année scolaire ou universitaire en Belgique. Le mot vient du flamand et signifie petit abri, niche, cabane ou même encore taudis. Ce belgicisme désigne au départ un placard (kot à balais) et par extension toute petite pièce comme une chambre d’étudiant, mettant en exergue l’exiguïté généralement rencontrée dans de tels logements.

 

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