MAURICE, 65 ANS, RESTAURATEUR

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15 portrait est une esquisse. Ce que j’en ai perçu est une paisible brise qui a traversé mon quotidien. Je n’ai pas pu prendre le temps de la figer au passage. Pourtant, cet instant suspendu m’a donné envie de partager avec vous ces personnages, Maurice et sa famille.

Dans cette ville de province, comme probablement dans la ville miroir du Maroc, les choses semblent immuables. Elles sont identiques à celles de mon souvenir, 15 ans en arrière. C’est un confort rassurant, bien que tiraillé entre deux cultures. La maison est dans un lotissement, il faut traverser un dédale de zone industrielle et commerciale pour y parvenir. Le micro-jardin qui entoure la porte d’entrée vous fait pénétrer dans cet univers. La table du salon fait face à une télé qui égrène ses informations.

Les filles à présent mariées sont toujours là, encore si proches de leur mère. La peur du monde extérieur contraste avec la sécurité chaleureuse de ce quotidien. La maison, le lotissement, le restaurant sont comme un cocon protecteur, face à leurs peurs intérieures c’est un rempart qui se dresse vers cet autre terrifiant.

Le petit restaurant marocain est ouvert depuis 37 ans, il a toujours été tenu par Maurice et Yanis. Perdu dans un quartier au milieu des travaux qui bloquent l’accès à la rue. La décoration est celle de l’époque ; des assiettes dorées au mur, des nappes en toile cirée, des sets de table papier.  La cuisine ressemble à celle de nos grands-mères, de vieilles plaques, fours, placards. On y fait mijoter le couscous, frire les bricks, sans chichis. On attise le feu de la cheminée avec le sèche-cheveux pour y préparer les grillades. Parce qu’au fond, ce qui compte le plus ici, c’est l’hospitalité. Le plaisir de recevoir, de partager les résultats du PMU ou un pastis semble chaque jour renouvelé. Ne viennent plus guère à la tablée que les habitués et quelques égarés. Qu’importe, on saura les recevoir et les mettre à l’aise. Les quelques couverts quotidiens ne permettent plus à Maurice ou Yanis de gagner leur vie. Mais au final, l’âge avance. Les ambitions, s’il y en a eu, sont derrière. Epuré de toute velléité, il ne reste plus qu’une simplicité heureuse et paisible.

Nous sommes loin des impératifs de productivité, de la frénésie de ceux qui travaillent. Mais ces lieux et ces moments sont précieux, car ils suspendent le temps. Ils vous rappellent que la course au toujours plus vite et à l’argent ne vous procurera jamais autant de quiétude. Et si notre monde leur fait peur, le leur m’apaise.

  1 Comment

  1. Barbisan   •  

    Mon préféré

     

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