MALOU, 19 ANS, SAINT-VAURY

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Le travail est nécessaire pour gagner de l’argent, mais nous n’avons plus le temps de rien, il mange la vie.

LA RENCONTRE

Malou travaillait dans l’un des campings par lesquels je suis passée lors de mon voyage. J’ai tout de suite senti son regard amical et bienveillant. Cette fois là, j’avais décidé de rester une journée de plus à la Souterraine pour pouvoir profiter du feu d’artifice du 14 juillet. Que la journée était longue … Posée sur la place du village à laisser l’après-midi défiler, aucune rencontre ne se profilait . De retour au camping, nous avons échangé quelques mots et elle m’a proposé de venir discuter avec moi à la fin de son service.

SON UNIVERS

SON PARCOURS DE VIE

A 19 ans, Malou est creusoise depuis toujours. Toute sa famille, recomposée, vit ici. Elle est partie travailler 4 mois à Paris cette année mais même si au début cela lui plaisait, elle a fini par ne pas s’y sentir bien. Elle y a été vendeuse, travaillait dans la restauration. Cela ne lui laissait pas beaucoup de temps pour sortir. De plus, elle habitait aux Tarterets dans l’Essonne et ne s’y sentait pas très en sécurité.Elle se plait beaucoup en Creuse, elle est très attachée à la nature et sa région lui manquait.

Malou a arrêté ses études après un bac professionnel de secrétariat et comptabilité, spécialité santé et social. Elle a suivi cette filière, sans qu’on lui laisse vraiment le choix. Mais l’idée de rester assise toute la journée derrière un bureau ne l’enthousiasme pas plus que ça. Alors, pour la saison, elle travaille au camping et vit chez ses parents, en attendant de prendre son envol.

SES SUJETS D’INTERET

LE TRAVAIL

Malou a beaucoup de respect pour son père et son travail difficile et fatigant, comme ouvrier à l’usine de pièces détachées de La Souterraine. Il dit que pour le moment il faut bien continuer, pour pouvoir remplir la marmite.

Elle tient cela de lui, son côté volontaire. Elle le dit elle-même, elle y va, parce que son père l’a bien fait, lui.

LE REVENU DE BASE

Le travail est nécessaire pour avoir de l’argent mais il mange la vie, nous n’avons plus le temps de rien.

Si Malou avait le revenu de base, elle s’arrêterait peut être un moment de travailler ou elle mettrait de l’argent de côté. Elle en profiterait un peu pour voyager, et puis finalement elle reprendrait une activité. Elle a beaucoup aimé l’expérience qu’elle a eu sein d’un établissement pour personnes handicapées motrices, l’ADAPI.

L’IMMIGRATION

Ce n’est pas que les creusois soient contre les noirs et les arabes, c’est que tout le monde se connaît. Alors quand il y a de nouvelles têtes, cela fait du commérage. Mais ce n’est pas du racisme m’assure-t-elle.

A Paris, elle a vu beaucoup de Roms. Elle préférait ne pas leur donner de l’argent parce que son père lui a dit « Si tu donnes à un, tu donnes à tous ». En plus, un jour son frère qui avait donné, a vu ensuite une belle berline venir récupérer l’argent. Mais cela lui fait quand même mal au coeur de voir ces situations de misères.

En Creuse, il n’y a quasiment pas de SDF et à Guéret, tout le monde sait quels sont les « vrais » ou pas. Elle leur portait de l’eau ou à manger.

LA PUBLICITE

Malou ne supporte pas la publicité qui envahit tous les médias : télévision, radio, Internet, presse. Elle a l’impression que le monde tourne autour de la société de consommation. C’est comme si on essayait de lui mettre une carotte sous le nez pour la faire avancer. Ils en discutent souvent avec ses amis, tous assez critiques. Sa soeur de 16 ans, quant à elle, semble être à fond dans ce système, voulant consommer plus par envie que par besoin.

LA CULTURE, LES ARTS

En revanche, elle regrette qu’il n’y ait pas plus de communication sur ce qui se passe dans la région, les évènements par exemple. Souvent, elle les apprend lorsqu’ils ont déjà eu lieu. L’absence d’information est déjà un frein dans l’accès à la culture.

L’EDUCATION

Malou aimait bien l’école mais elle est arrivée dans des classes où les élèves ne voulaient pas travailler. Elle s’est laissée tirer vers le bas et, sans trop réaliser, s’est retrouvée en bac professionnel. Très peu de ses camarades de collèges ont d’ailleurs rejoint le lycée général, la plupart d’ailleurs par piston.

Elle me dit que les professeurs n’avaient pas assez d’autorité. Son grand-père enseignait en lycée et il savait « botter le cul » de ses élèves. Il avait un cabanon dans son jardin dans lequel il les faisait travailler. Aujourd’hui quand il croise ses anciens élèves, ils le remercient.

LA RELIGION

Pour Malou, chacun est libre de ses opinions, de sa religion. Elle a été baptisée mais n’est pas pratiquante. Ce qui est certain, c’est qu’elle se mariera à l’église et fera baptiser ses enfants. Elle ne sait pas pourquoi mais ça la rassurerait. Pour elle la religion est quelque chose entre le scientifique et le paranormal. Elle a lu la bible, mais a eu du mal à comprendre. Pourtant, même les athées la pratiquent en quelque sorte, puisqu’ils célèbrent des fêtes religieuses comme Noël.

LE FEMINISME, LES VALEURS FEMININES

Il y a encore beaucoup de machisme, pas d’égalité sur les revenus ou dans l’exercice des métiers. Au travail, il y a souvent des remarques, sur le ton de la plaisanterie, du type « vous êtes les femmes, c’est à vous de faire le ménage ». On juge trop les femmes, par exemple, sur leur tenue vestimentaire. Un homme, lui, est vu comme un séducteur lorsqu’il a plusieurs conquêtes, alors qu’une femme … Elle me cite cette expression : « Une clé qui ouvre plusieurs serrures est une bonne clé, alors qu’une serrure qui s’ouvre avec plusieurs clefs est fichue. »

L’AGRICULTURE ET L’ALIMENTATION

Malou s’intéresse beaucoup aux animaux. Il y a avait une ferme pas loin de chez elle, et il y a beaucoup d’agriculteurs dans la région. Elle a toujours mangé les légumes du jardin de son grand-père, se souvient quand ils allaient chercher le lait à la ferme.

Chez ses parents, les fins de mois sont difficiles, ils vont au supermarché discount, mais quand ils peuvent, ils achètent des produits bio. Ils prennent de la viande au supermarché, ou parfois via des connaissances.

LE LOGEMENT

Il y a beaucoup de logements sociaux mais pas assez pour ceux qui travaillent . Malou est triste lorsque l’on détruit des forêts, même s’il faut bien de l’espace pour en construire . On pourrait réhabiliter ce qui existe.

Pour le moment, Malou vit encore chez ses parents et met de l’argent de côté. Elle ne rêve pas de villa, d’abord d’un appartement et, à terme, d’un petit pavillon de plein pied avec un jardinet.

L’ENVIRONNEMENT, LE CLIMAT,LA COP 21

Ce que Malou n’aime pas, ce sont ceux qui jettent leurs déchets dans la nature. Elle a entendu parler du dérèglement climatique, liée à la pollution. Cela a trait à la fonte des glaces, la montée des océans et la disparition de certaines îles.

LA SANTE

Malou a plein d’idées pour être ministre de la santé.Elle s’occuperait en priorité des maisons de retraite et améliorerait les diplômes pour y travailler. Elle trouve aussi que les urgences sont mal organisées, mais cela dépend peut-être des hôpitaux. Elle ferait interdire la moitié des médicaments qui ne servent à rien et autoriserait les médecines douces. Elle ferait en sorte que les médecins soient plus accessibles, 23 euros, c’est cher, beaucoup de gens attendent d’être trop malades avant de se faire soigner.

LES SCIENCES ET LA TECHNOLOGIE, LA NOTION DE PROGRES

Malou trouve que tout va très vite. Elle avait une arrière tante, décédée il y a 3 ans qui était née en 1908. Elle aura vu beaucoup de choses évoluer en un siècle.

Son père quant à lui dit « Avant, on avait pas tout ça, mais on était aussi heureux, on s’envoyait des lettres d’amour par la poste ».

Malou utilise très peu Internet, sur son téléphone ou pour des recherches ponctuelles. Elle s’est déjà faite usurper son identité, elle se méfie. Ses copains n’ont jamais été trop addicts à ce genre de choses, aux réseaux sociaux. En revanche, elle se fait du souci pour sa soeur, qui en est une utilisatrice importante.

LE NUCLEAIRE

Malou trouve le nucléaire très dangereux et polluant. Lorsque sa mère était jeune, elle était en Alsace et a vu le nuage de Tchernobyl passer au dessus d’elle. Malou a les doigts un peu tordus. Parfois elle se demande si c’est lié.

Toujours est-il qu’elle pense que s’ils l’ont fait à une époque, c’est qu’ils ont jugé que c’était utile voire vital pour la société.

LES TRANSPORTS

En Creuse, c’est indispensable d’avoir une voiture. Pour le moment elle emprunte celle de son père, pour parcourir la trentaine de kilomètres qui séparent Saint-Vaury de La Souterraine.

Lorsqu’elle était au lycée à Guéret, il n’y avait pas encore de service de bus très développé. On se déplaçait beaucoup à pied ou à vélo. Depuis ils ont mis en place un système de bus. Elle trouve ça très bien, notamment pour les personnes âgées. En revanche, comme ils n’ont pas prévu de voies dédiées et que les automobilistes ne sont pas habitués, cela met un peu de bazar dans la ville. Il y a eu pas mal d’embouteillages et quelques accidents.

LA FAMILLE

Pour Malou, la famille englobe ses frères et soeurs, dans un sens large puisque, dans son cas, elle est recomposée. Il est important d’accepter les choix de ses parents. En plus c’est intéressant de s’ouvrir à d’autres modes de vies avec les beaux-parents.

Dans son cas, toutefois, elle souhaitera avoir une famille unie, le plus longtemps possible.

LE SYSTEME DEMOCRATIQUE

Malou me dit ne rien comprendre à la politique. Au moins, quand il y avait Sarkozy c’était plus clair. Maintenant, avec Hollande, c’est le bazar. Mais il fait ce qu’il peut et elle trouve que les médias et les réseaux sociaux sont trop durs avec lui.

Pourtant, elle a voté pour les dernières municipales. Aux départementales, elle était à Paris et son père lui a dit que c’était compliqué de faire une procuration et qu’il ne voulait pas savoir pour qui elle vote. Lui, il aime bien Poutou, parce qu’il a connu la galère. Malou, elle voudra bien croire en celle ou celui qui fera remonter la France, pourra lutter contre le chômage et la crise. Il doit bien y avoir de l’argent quelque part, il n’y a qu’à voir les montants que l’on peut gagner aux jeux à gratter.

LE FRONT NATIONAL

Les gens qui sont pour le FN ne sont pas contre les noirs et les arabes mais contre les délinquants. Lorsqu’elle vivait aux Tarterets, Malou ne se sentait pas en sécurité et a cru qu’elle était pour le FN mais en fait, non. Si elle n’aime pas ceux qui insultent la France, elle se rend compte que c’est la très grande minorité . Et puis elle se dit que le FN, ça ne résoudrait rien, mènerait à des révoltes voire une guerre.

EUROPE-ECOLOGIE-LES-VERTS

Malou connaît Eva Joly, mais le parti des verts ne lui parle pas. Elle pense qu’il faudrait que chacun y mette individuellement du sien , dans son mode de vie et ses gestes quotidiens, mais que si certaines personnes pourront évoluer, pour d’autres ce sera impossible.

SES REFERENCES ET SES DERNIERES LECTURES

Malou me conseille de voir le film « L’enquête » de Lelouch.

 

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