LOUISE, 26 ANS, ASSISTANTE SOCIALE EN VOYAGE

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Même lorsque quelqu’un semble dur au premier abord, il faut justement essayer de lui parler et avoir une attitude contraire à celle qu’il attendrait. Les personnes aigries sont celles qui ont le plus besoin d’attentions. Il faut en permanence donner de l’amour, cela finit toujours par nous revenir.

La rencontre

J’ai rencontré Louise devant la gare de Nemours, par un heureux hasard. Je m’apprêtais à prendre un train pour Montargis, dégoûtée de la circulation. Suite aux conseils avisés de la guichetière, je me re-motivai et sortis de la gare pour reprendre la route. Je la trouvai avec son vélo et ses sacoches. Naturellement, entre pairs, je me dirigeai vers elle. Elle descendait depuis Oslo vers la Vienne en vélo, après un séjour en Amérique du Sud. Il était midi, nous avons commencé par déjeuner ensemble. Elle se prêta ensuite bien volontiers à l’exercice du portrait. Elle me dit que parler à nouveau français , c’était comme se mettre à nu, elle pouvait à nouveau exprimer plus précisément ses sentiments.  

SON UNIVERS

SON PARCOURS DE VIE

Louise a 26 ans, elle aussi fait un break, après deux premières années d’exercice du métier de travailleuse sociale auprès des demandeurs d’asile.

Ses parents sont bretons d’origine, elle a grandi à Nantes puis en Vendée, avec cinq frères et soeurs. Elle a toujours su qu’elle serait assistante sociale et c’est la voie qu’elle a suivie. Elle a fait son stage de fin d’études dans un centre d’accueil de demandeurs d’asile en Belgique. Cela lui a beaucoup plu et elle les a ensuite accompagnés pendant deux années sur Paris. Elle menait notamment des projets avec les femmes au travers de travaux en groupes, autour de la culture. Quand elle a refusé le CDI qu’on lui proposait, cela n’a pas été un choix facile. Pourtant, aujourd’hui, avec le recul, elle me dit que, dans le feu de l’action, elle ne se rendait pas compte, mais c’était difficile et elle n’avait pas la carrure. Elle a vu trop d’injustices dans les rejets des demandes d’asile. A présent, elle veut se réorienter vers l’aide sociale à l’enfance.

SON ACTION

Agir individuellement, c’est ce qui permet de faire avancer le collectif. Louise apporte sa pierre en partageant ses bonheurs et les belles choses qu’elle constate chaque jour, à travers son blog. Sa responsabilité est avant tout de changer son propre regard sur ce qui l’entoure et de transmettre une vision positive. Il est possible de critiquer, mais il faut savoir proposer et construire. Même lorsque quelqu’un semble dur au premier abord, il faut justement essayer de lui parler et avoir une attitude contraire à celle qu’il attendrait. Les personnes aigries sont celles qui ont le plus besoin d’attentions. Il faut en permanence donner de l’amour, cela finit toujours par nous revenir. Les amis, même quand ils ne vont pas bien, il ne faut pas les lâcher. Rendre la société meilleure passe par de petites choses. Il faut juste être là.

SES IDÉES

LE REVENU DE BASE

Travailler, c’est ce qui permet d’avoir une place dans la société et d’être indépendant. L’argent a alors plus de valeur que s’il a été simplement donné. La société doit sécuriser en cas de coup dur dans la vie, que cela soit un problème de santé ou parce que la vie nous a abîmé. Louise est plus indignée par ceux qui ont beaucoup d’argent que par ceux que l’on dit profiteurs . Le système fait croire qu’il faut plein d’argent pour pouvoir vivre. En revanche, il faut être ferme avec ceux qui ne tiennent pas leurs engagements. Il ne faut pas se lamenter mais passer à l’action, même non lucrative, pour pouvoir s’accomplir. Chaque histoire de vie est différente et il faut en tenir compte.

LE TRAVAIL

La hiérarchie n’est pas gênante à partir du moment où il y a de l’écoute. Seulement parfois, les encadrants sont coincés par l’échelon du dessus. Il faut une certaine légitimité pour diriger une structure. Louise ne la reconnaissait pas dans son précédent employeur. Dans une association l’éthique devrait être maximale, mais ce n’était pas le cas. Les décisions internes et les choix politiques externes en matière d’accompagnement des demandeurs d’asile rendaient le travail difficile.

L’IMMIGRATION

Il y a de la manipulation politique et médiatique dans la question des migrants. La France a toujours accueilli des étrangers, des italiens, des polonais, etc. Les migrants d’aujourd’hui ne sont pas si nombreux . Il faudrait travailler beaucoup plus à la question de l’intégration, plutôt que d’inciter aux discriminations.

LA PUBLICITÉ

Louise trouve la publicité ridicule. Elle n’y croit pas, cela ne la touche pas, ou plutôt, la pollution visuelle l’énerve. Lorsqu’elle était en Argentine, il y a eu une campagne électorale. Pendant une semaine, un des slogans était hurlé depuis des hauts-parleurs dans toute la ville. Des prospectus étaient lancés par milliers et jonchaient le sol de la ville. Cela ne respectait ni la liberté, ni le temps libre des gens.

LA CULTURE, LES ARTS

La culture a plein de facettes. La gastronomie en est une par exemple. Louise l’a vécu ainsi lorsqu’elle travaillait avec les groupes multiculturels de femmes. C’était un vecteur d’échange et de partage des différentes traditions. La culture peut parfois aussi se confondre avec de la communication, des effets de mode. S’intéresser à l’autre c’est déjà de la culture.

Louise apprécie beaucoup les petits panneaux explicatifs qu’il y a un peu partout dans les villages, en France. Elle a toujours aimé l’histoire, cela permet de comprendre pourquoi les choses sont comme elles sont aujourd’hui, y compris les gens. L’Europe a une histoire très ancienne. D’ailleurs Louise se sent bien plus européenne que française.

L’EDUCATION

En Europe, nous avons de la chance d’avoir une éducation assez neutre. On ne doit pas apprendre les valeurs du capitalisme , de la consommation et de la compétition dès son plus jeune âge. Il y a le risque d’avoir des écoles privées sponsorisées par des grandes entreprises, comme c’est le cas en Amérique. Certains jeunes perdent de plus en plus le sens des choses, ils subissent trop de pressions et cela se traduit parfois par des comportements tels que le « Binge drinking ». Il faut revenir à l’éloge de la lenteur, prendre le temps de faire les choses.

LA RELIGION

Louise est athée, elle croit avant tout en l’Homme. Elle trouve que certaines valeurs des religions sont bien, comme celle de l’amour du prochain. Elle respecte ceux qui ont la foi, tant que cela ne nuit pas aux libertés des autres.

LE FÉMINISME, LES VALEURS FÉMININES

Les femmes doivent comprendre qu’elles ne sont pas soumises et qu’elles peuvent faire les choses par elles-mêmes. Elle a vu beaucoup d’autres filles qui, en voyage, se rendaient elles-mêmes dépendantes de leur compagnon. Pour construire une relation de couple saine, il faut de l’égalité, que chacun puisse offrir son amour à l’autre.

Au début Louise ne comprenait pas comment une femme pouvait se laisser enfermer dans des violences conjugales. Puis elle a compris que celles-ci sont insidieuses. Ceux qui les exercent savent alterner la peur et la douceur. En Amérique du Sud, son compagnon de voyage a eu ce genre de comportement, elle l’a entendu parler mal des autres femmes. Elle a préféré poursuivre sa route seule. La clé, c’est qu’il faut avant tout se respecter soi-même.

L’ALIMENTATION

Louise ne se préoccupe pas vraiment de ce qu’elle mange, tant qu’elle mange à sa faim. Elle a rencontré beaucoup de « vegans » pendant son voyage qui ont toutefois commencé à la faire réfléchir, notamment sur la question de la souffrance animale.

L’ENVIRONNEMENT, LE CLIMAT, LA COP 21

Louise voit la question du changement climatique de très loin. A son échelle, elle ne se considère pas comme pollueuse. De manière générale, les cyclotouristes sont très respectueux de l’environnement. Elle ne s’intéresse pas à cette question en termes de responsabilité collective. Elle agit individuellement mais ne mène pas particulièrement d’action collective.

LA FAMILLE

Jusqu’à récemment, Louise voyait la famille comme un moule enfermant plus que libérateur. Depuis, son voyage, décidé à la suite d’une rupture amoureuse, lui a fait comprendre la nécessité d’aimer et d’accepter sa famille, de faire des compromis.

LE SYSTÈME DÉMOCRATIQUE

Louise n’aime pas la politique, elle évite de regarder la télévision, lire les journaux. Elle se sent manipulée. Les médias focalisent toujours sur les faits négatifs, alors qu’il se passe des tas de choses positives dans le monde.

Elle vote, historiquement pour le parti socialiste, comme sa mère. Son père, elle ne sait pas. On ne parlait pas de politique chez elle, ce n’était pas un sujet facile. Elle ne supporte pas Nicolas Sarkozy . Pour elle, les politiques sont des arrivistes qui veulent le pouvoir à tout prix. Elle se méfie des gens qui se font passer pour naïfs alors qu’ils ne le sont pas, apparaissent charmeurs et veulent réussir coûte que coûte. Elle perçoit toutefois des personnalités sincères et accessibles comme Najat Vallaud-Belkacem ou Bertrand Delanoë. Ce qui est important, c’est d’avoir une éthique et la capacité de se remettre perpétuellement en question.

 

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