JOCELYNE, 65 ANS, RETRAITÉE, TOULOUSE

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« Les professeurs n’ont plus de statut dans la société actuelle. Nous laissons progressivement dériver  la relation professeur-élève vers une relation de prestataire-client. »

La rencontre

J’aime beaucoup ces rencontres de train. Le voyage, entre deux temps, entre deux villes est propice à la confidence. Jocelyne, c’est comme ça que j’ai choisi de l’appeler. Elle a dépassé ses réticences à parler d’elle, mais pas à lire ma retranscription, pensant à tort, que cela n’aurait que peu d’intérêt.

Son univers

Son parcours de vie

Jocelyne est retraitée. Elle était professeur d’anglais dans le privé. Fille unique, élevée par sa mère divorcée, ce qui était stigmatisé à l’époque, elle me dit que c’est ce qui explique sa pudeur et ses difficultés à parler d’elle.

Elle a commencé sa carrière dans un pensionnat de garçons, issus de milieux plutôt aisés. Elle dit que cela a été très dur mais qu’elle ne regrette pas cette première expérience qui lui a donné une certaine force et assurance pour la suite de sa carrière.

Ses envies

Jocelyne regrette d’avoir abandonné le piano et d’avoir perdu son premier professeur qui lui avait fait aimer cet instrument. Elle n’a plus retrouvé quelqu’un capable de la transporter dans cette passion. Puis la vie l’a absorbée. Aujourd’hui, à la retraite, elle jouit de sa liberté qu’elle érige en valeur première. Elle aimerait s’occuper de chiens pour aveugles mais cela serait une contrainte. Or, elle veut pouvoir partir quand elle veut, voir ses filles, à Paris, à Tours, voyager.

Le monde tel qu’elle le voit

Jocelyne trouve que c’est plus facile de parler aux autres à l’étranger, que les écarts de cultures et la barrière de la langue permettent plus de recul. Pour sortir de son cadre social, elle doit sortir de son pays. Elle trouve qu’en France, les gens sont grincheux et jamais contents. A l’inverse, ailleurs, les gens « en bavent vraiment » mais sont plus ouverts.

Elle a côtoyé des adolescents durant sa carrière mais a toujours veillé à garder une sage distance professeur-élève avec eux. Aujourd’hui, les professeurs doivent gagner ce respect, forger leur réputation car le statut et le niveau salarial ne suffisent plus à imposer une aura naturelle. Avant la fonction était de facto respectée du fait d’une certaine situation sociale et financière. Jocelyne trouve qu’à cette période de leur vie, les ados ne se livrent pas Et son âge avançant, elle a trouvé de plus en plus difficile d’instaurer une certaine réciprocité avec ses élèves. « On n’est plus dans le coup et les échanges se font de plus en plus rares ». Elle regrette aussi la transformation progressive de la relation professeur-élève en relation prestataire-client. Elle me relate la fois où ayant demandé exceptionnellement à un élève d’effacer un tableau à la fin du cours, elle s’est vu répondre qu’elle était payée pour ça. Sûrement un des phénomènes accentué par l’institution privée au sein de laquelle elle travaillait alors.

L’éducation nationale, elle la juge, critique les directives nationales, les programmes aberrants et le niveau décroissant des enseignements. Elle pense que les choses commencent à bouger mais trop lentement. Elle me dit que l’on n’évalue pas assez le sens de l’autorité au recrutement, que celui-ci est inné et que même enseigné, s’il n’est pas là au départ, ça sonne faux.

Ses idées

Le système démocratique

Jocelyne ne s’intéresse pas vraiment à la politique, son mari si, même s’il n’a pris sa carte dans aucun parti. Alors elle en parle avec lui.

Elle ne se sent pas concerné par des décisions prises par des réseaux de copinage. Tous les politiques ne sont pas comme ça, mais beaucoup quand même. Elle vote, mais sans conviction. Elle trouve que la mécanique est rouillée. Il y a des blocages à tous les niveaux, on piétine.

Europe-écologie-les-verts

Elle pense qu’en matière de l’écologie, il y a beaucoup d’idées qui devraient être mises en œuvre, mais qu’il n’est pas nécessaire d’un parti dédié pour les porter. Elle ne me détaille pas trop ces idées.

Elle n’aime pas les verts, car comme dans tous les partis, il y a des extrémistes qui les desservent. Elle me cite José Bové qui détruit des champs d’OGM qui ne sont pas plus destructeurs que des insecticides. Elle estime, qu’il faudrait essayer d’exploiter les gaz de schistes et ne pas s’empêcher d’explorer de nouvelles méthodes d’extraction.

A ses yeux, les éoliennes sont horribles, il faut beaucoup de béton pour les fixer. Jocelyne pense que c’est important de faire des économies d’énergie. Elle n’est pas dupe sur les voitures électriques et se demande quelles seront les conséquences des batteries en lithiums.

Si l’écologie prend de l’ampleur au niveau mondial, elle ne voit pas comment on va en expliquer les enjeux à des pays en pleine expansion et développement. Pourtant, elle me dit bien que comme tout le monde, elle aspire à une société plus juste, plus écologique et moins dévastatrice. Pour cela, il faudrait passer moins de temps à discuter, et plus à agir. Elle trouve que l’on passe trop de temps en discussion et que personne ne tranche, que cela nous empêche d’avancer.

Si l’écologie prend de l’ampleur au niveau mondial, elle ne voit pas comment on va en expliquer les enjeux à des pays en pleine expansion et développement. Pourtant, elle me dit bien que comme tout le monde, elle aspire à une société plus juste, plus écologique et moins dévastatrice. Pour cela, il faudrait passer moins de temps à discuter, et plus à agir. Elle trouve que l’on passe trop de temps en discussion et que personne ne tranche, que cela nous empêche d’avancer.

 

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