EELV, un parti écologiste, qui ne parvient pas à répondre à la crise de la démocratie représentative.

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Alors que je sillonnais les routes de France et que je rencontrais des personnes d’horizons divers, je continuais à recevoir la cinquantaine de mails quotidiens des listes de diffusion d’Europe-écologie-les-Verts. Chaque jour le fossé et le décalage se faisaient ainsi plus grands.

D’un côté de ce fossé, il y a les membres d’EELV hypers actifs du clavier. S’il y a beaucoup d’analyses politiques et sociétales intéressantes, elles sont malheureusement souvent noyées parmi les tambouilles internes, les jugements de valeurs, les rappels de faits historiques que seuls les plus anciens peuvent connaitre, les attaques inter-motions ou personnelles et les vaines injonctions à passer à autre chose et à maintenir bienveillance et convivialité. En somme, on peut en laisser passer, les supprimer sans les lire, prendre le risque d’en rater des importants, cela n’empêchera pas l’humanité de continuer à s’autodétruire (dérèglement climatique, surexploitation des ressources, destruction de la biodiversité, montée des inégalités sociales, etc.).

De l’autre côté de ce fossé, il y a des individus. Avec leurs histoires, leurs opinions politiques différentes, ils ont tous un point commun. Ils sont conscients de la nécessité de faire quelque chose pour l’environnement et du monde qui ne tourne pas rond. Autre point commun, pour eux EELV est très, très loin. Ce n’est même pas que l’on en ait une opinion favorable ou défavorable, c’est juste qu’on n’en sait rien, que cela n’existe pas. Et pour les citoyens les plus impliqués, une récurrence, un désenchantement et un vote blanc. Un ami lui aussi de plus en plus désabusé m’a d’ailleurs proposé de créer avec eux le «grand parti écolo-blanc de France ».

Voici quelques citations issues de ces portraits :

Omar 31 ans
« Pour moi les verts sont pauvres, c’est un parti peu important, pas uni. Leur combat n’est pas visible. Pourtant ils ont du travail, il faut qu’ils agissent pour faire fermer les vieilles centrales nucléaires. J’ai entendu parler du survol des drones au-dessus des centrales, ça l’inquiète. La pollution de l’air m’alarme également. Je ne comprends pas pourquoi le gouvernement n’a pas pris la responsabilité d’interdire la circulation des voitures alors qu’il y a avait un vrai risque pour la santé humaine. Les solutions des verts ont l’air simples et pleines de bon sens. Mais je ne suis pas certain de la sincérité de ceux qui les portent. »

Jocelyne, 65 ans
« Si l’écologie prend de l’ampleur au niveau mondial, elle ne voit pas comment on va en expliquer les enjeux à des pays en pleine expansion et développement. Pourtant, elle me dit bien que comme tout le monde, elle aspire à une société plus juste, plus écologique et moins dévastatrice. Pour cela, il faudrait passer moins de temps à discuter, et plus à agir. Elle trouve que l’on passe trop de temps en discussion et que personne ne tranche, que cela nous empêche d’avancer. »

Valérie 47 ans
J’ai le sentiment d’être arnaquée par les écolos. Je voudrais voter pour eux mais leur manque de visibilité et de crédibilité me rebute. […] Au final, les écolos sont les boucs-émissaires du système car ils ne sont pas aguerris à son fonctionnement. […] Il faudrait qu’EELV fonctionne comme les autres partis, comme dans une meute de loups. Il y a un dominant qui impulse une dynamique de groupe, reste à choisir un leader positif et non un leader négatif. »

Alexis 42 ans
A un certain moment, j’ai trouvé Cécile Duflot ridicule, donnant une mauvaise image du parti. Peut-être parce qu’il me semble qu’elle a trop cédé sur le logement, s’asseyant sur ses principes. Il y aussi une histoire de négociations de places plutôt que de valeurs. Mais c’est un sentiment diffus qui me reste de ce moment, et je ne sais pas vraiment dire pourquoi. »

Malou 19 ans
« Je connais Eva Joly, mais le parti des verts ne me parle pas. Je pense qu’il faudrait que chacun y mette individuellement du sien, dans son mode de vie et ses gestes quotidiens, mais que si certaines personnes pourront évoluer, pour d’autres ce sera impossible. »

David 28 ans
« EELV est un mouvement très léger dans la région (en Creuse). Je n’aime pas les écologistes extrémistes, par exemple ceux qui disent qu’il faut supprimer les voitures. Parmi les représentants, il y a Cécile Duflot, elle ne me dérange pas. Elle a été au pouvoir, et elle a claqué la porte, parce qu’elle n’a pas été entendue. »

Et pour finir, quelques jeunes :

Lucas, 21 ans : « EELV n’est pas suffisamment ambitieux et son action m’apparaît comme insignifiante. »

Louane 17 ans : «  Je n’ai pas de visibilité sur ce qu’ils font, mais cela reste le parti duquel j’ai une meilleure image car les sujets qu’ils portent correspondent à des préoccupations importantes. »

Oriana 18 ans : « c’est bien que les verts soient de plus en plus représentés et je ne comprends pas ce qui pèche dans leur communication. D’autant plus que la société commence à percevoir leur aspect moderne, sérieux et visionnaire. »

Le parti pourrait s’auto-dissoudre, mais tant que l’on reste sous un système démocratique représentatif et qu’aucun autre parti ne porte en son sein un véritable changement de paradigme pour la société, il a le mérite d’exister, et de se battre contre vents et marées.

Voici donc quelques propositions, que je livre à votre réflexion et à celle des militants politiques:

Ne plus avoir peur de s’attaquer frontalement au système qui est en train de s’effriter avant de s’effondrer. Faire le lien avec le capitalisme vorace, le dénoncer, expliquer que c’est possible de changer et que la société civile est prête, reste à faire basculer le système économique et politique. Cela commence par tous lire le dernier livre de Naomi Klein et cela continue sur le terrain pour co construire l’alternative.

Faire en sorte que le temps militant soit consacré à 90% dans les associations et sur le terrain et à moins de 10% dans le parti. Ce n’est pas au parti d’imposer ses structures fédératives et collectives. C’est aux collectifs eux mêmes de venir chercher les relais politiques et au parti de l’accueillir.

Supprimer les motions (courants et regroupements internes) : certains au sein d’EELV ont commencé à l’évoquer en demandant à ce que les textes soient beaucoup plus tranchés dans leurs orientations, à ce que les enjeux de ces motions pour la société soient clairement expliqués.

Faire que les candidats représentants aux élections ne soient déterminés qu’à l’issue d’un processus collectif et local d’élaboration d’un programme par ceux qui auront collaboré à cette dynamique en amont. Il faudrait que les listes soient d’abord établies sur un accord d’équilibre de diversité sociale, géographique, de sujets de prédilection.  

S’armer de véritables communicants : Ce qu’il faut marteler c’est la nécessité d’une transformation radicale, pleinement acceptée, mieux, assumée par les citoyens parce que venant d’eux et réalisée par eux. 

De là où ce parti en est, qu’à t-il à perdre à s’affirmer, s’ouvrir, scier la branche institutionnelle sur laquelle nous sommes. Les gens y sont prêts, il faut juste accepter de contribuer à renverser ce pouvoir, et accepter de laisser sa place au citoyen dans la nouvelle démocratie à venir. 

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