Du 4 au 8 août : Terre, mer, terre

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Mardi 4 août : du Vigan à Ganges par Navacelles

J’entame la matinée par une bonne montée vers le village de Montardier. Coûte que coûte, parfois à pied, parfois sous la pluie, je parviens à cette première étape. J’y fais la connaissance d’un couple d’anglais et de leur fille, qui ont leur maison secondaire dans la région, puis de Aimé, qui voyage seul avec une vieille mobylette de 49 cm3. Il vient de crever, je ne pourrai malheureusement pas l’aider.

Je traverse ensuite le causse de Blandas et des paysages lunaires avant de déboucher en haut du grandiose cirque de Navacelles.

Causse de Blandas

Causse de Blandas

Cirque de Navacelles

Cirque de Navacelles

J’entame la descente, tout aussi, si ce n’est plus impressionnante que celle des gorges du Tarn.

Arrivée en bas, je rencontre Louise. C’est une personnalité extraordinaire. Handicapée suite à un accident de Deltaplane, elle voyage 6 mois de l’année en camping sauvage, en recherchant la proximité de rivières dans lesquelles elle aime se baigner. Cette semaine, elle est avec son amie Maëlle. Elle nous raconte que le gérant du bar lui a refusé de charger sa deuxième batterie de son engin tout-terrain, lui disant qu’elle profitait du handicap. Elle est en colère. Je lui demande de quoi il avait peur, d’être envahi par des tas de handicapés voulant faire du camping sauvage ? Cela l’a fait bien rire, elle me dit qu’elle le ressortira quand l’occasion se présentera. Aujourd’hui c’est difficile d’avancer sur JIDAV. Louise me demande si c’est politique de vivre au jour le jour, d’essayer de penser le moins possible au lendemain. Elle considère que l’on ne peut pas être omniscient et qu’il faut rayonner de là où l’on est. Maëlle qui anime des stages de clown pense que c’est merveilleux quand les gens qui rayonnent se connectent entre eux.

Cimetière de Navacelles

Cimetière de Navacelles

Ma bonne étoile s’affirme une nouvelle fois dans l’après midi. Coincée au fond du cirque, il m’est impossible de remonter en vélo déplié et chargé. Il y a une navette du conseil général. Michel qui la conduit me propose d’attendre le dernier passage à 18h, il me remontera, puis au Vigan récupèrera un autre véhicule et me déposera à Ganges. C’est ainsi détendue quant à l’issue de la journée que je profite de ces instants. Je me pose sur une plage de cailloux un peu à l’écart du monde, me baigne et me laisse porter par l’instant.

Baignade dans la Vis à Navacelles

Baignade dans la Vis à Navacelles

En fin de journée, comme convenu, Michel me raccompagne jusqu’à un camping de Ganges. Avant, il passe par le dépôt où il brique son car pour le laisser propre pour le collègue du lendemain. C’est une belle rencontre. Commandant de gendarmerie à la retraite, il avait toujours rêvé de conduire des cars. C’est chose faite, avec toujours ce sens du service public qu’il porte dans son quotidien. Il est 20 heures lorsqu’il me dépose. Au moment où il s’en va, je m’aperçois que mon compteur de vélo est tombé dans son coffre de voiture. Je lui fais des signes mais il ne me voit pas. Je suis dégoûtée, j’ai pris goût à noter mes « scores » de la journée et surtout à suivre ma progression. Un monsieur, à qui je ferai la promotion du Brompton, me prête son téléphone, je retrouve le numéro de l’entreprise de transport dans laquelle il travaille. Heureusement la patronne, que j’ai croisé tout à l’heure me répond et me communique le numéro de Michel. Je l’appelle. Il redescend me rapporter mon compteur. Il me dit :

– « Vous vous souvenez ce que vous m’avez dit cet après-midi ? »

– « Que j’ai une bonne étoile et j’en ai la preuve pour la deuxième fois de la journée ? »

– « Non, c’est vous la bonne étoile »

Je suis très émue, j’en ai les larmes aux yeux. Mais il me reste tant à faire et la nuit me rattrape. Je m’endors au son du karaoké.

Mercredi 5 août : de Ganges à Saint-Guilhem le désert puis Montpellier

Le tourisme rattrape mon projet. Ce détour vers Saint-Guilhem-le-Désert m’a été conseillé. J’y suis allée, sans regret, tant la traversée au petit matin par les gorges de l’Hérault était belle. Sûrement que celle par la vallée de la Buège l’aurait été encore plus, mais il fallait choisir. Je me dis souvent, que chaque coin traversé mériterait que l’on s’y attarde dans les diagonales quelques jours. Ce voyage aurait pu durer trois mois ou plus que je me serais jamais ennuyée. Le vélo est un moyen extraordinaire de voyager. Dans les paysages traversés, on peut distinguer les essences d’arbres, la couleur des pierres et de la terre, les senteurs de la forêt. On perçoit le chat des oiseaux, le bruit des grillons. Au fur et à mesure que l’on grimpe, des vues splendides se dévoilent peu à peu.

Gorges de l'Hérault

Gorges de l’Hérault

Gorges de l'Hérault

Gorges de l’Hérault

Mais le rendez-vous avec l’université à la rentrée, m’amène à presser un peu la pédale. Je croise tous les points de départ des canoës et parvient à Guilhem-le-Désert en milieu de matinée. Tout y est hors de prix, mais je suis assoiffée et affamée, je n’ai pas croisé un café ouvert depuis mon départ matinal.

Saint-Guilhem-le-Désert

Saint-Guilhem-le-Désert

Je pense à ces gens, que je vois parfois aigris et cela me rend triste pour eux. Il y a ceux qui râlaient au point de vue de Blandas, parce que la légende de la maquette aurait soit disant été positionnée du mauvais côté. Je trouvais à l’inverse le site très bien aménagé, on m’avait même spontanément proposé de surveiller mon vélo pendant que je faisais un tour à pied. Il y a celle qui n’a rien pour petit-déjeuner, mais ne veut rien, parce que le beurre ça fond, que les éclairs maison ça ne le fait pas, etc. Ça énerve le monsieur à côté de moi. Moi, ça me fait juste un peu de peine, que cette dame se prive d’être heureuse en se prenant la tête sur des choses si futiles.

Il fait vraiment trop chaud. Je suis coincée. Cela serait inconscient et une souffrance inutile que de parcourir les 40 km qui me séparent de Montpellier à cette heure. Et puis je voudrais vraiment y arriver un 5 août, un mois tout rond après le départ de Paris, et en profiter un peu. Je triche, prend un bus et à 14h, j’arrive, pouvant ainsi réparer mon téléphone, retrouver le contact avec mes proches et m’installer à l’auberge de jeunesse avant de me choisir un bon petit restaurant pour fêter ça.

Montpellier

Montpellier

J’y rencontre de chouettes personnes, Trui, une hollandaise qui voyage seule à vélo, qui partage le bonheur de cette solitude et l’inadéquation du mot « bon courage » que l’on nous adresse si souvent. Il y a aussi ce couple, à qui je demande le quartier des restaurants et avec qui nous discuterons pendant près de 30 minutes, parlant du monde tel qu’il tourne et du problème majeur du réchauffement climatique.

Je suis à Montpellier. Un mois pile après mon départ d’Asnières-sur-Seine, après avoir parcouru 1223 km, j’ai atteint mon objectif initial. Je suis à présent à la croisée des chemins, au début de la fin. Je vais éviter la côte mais je veux quand même m’y confronter un peu.

Jeudi 6 août : de Montpellier à Béziers

Au petit matin, je quitte la chambre de l’auberge de jeunesse de Montpellier sans faire de bruit. Je rejoins d’abord Palavas-les-Flots dans l’atmosphère rafraîchissante d’une nouvelle journée.

Palavas-les-Flots

Palavas-les-Flots

Je longe le canal du Rhône à Sète, praticable bien qu’interdit aux vélos du fait des travaux de renforcement de la digue. A Frontignan, deux montpelliérains en promenade m’escortent jusqu’au canal du midi.

Canal du Rhône à Sète

Canal du Rhône à Sète

Canal du Rhône à Sète

Canal du Rhône à Sète

Canal du Rhône à Sète

Canal du Rhône à Sète

Arrivée à Sète après 50 km, je m’aperçois que je n’ai plus ma pochette avec mon ipad et mes chargeurs. L’auberge de jeunesse me confirme qu’elle est restée là bas. Je fais donc un aller retour en train. C’est une sensation étrange que de se retrouver à la case départ en début d’après-midi alors que j’avais quitté les lieux à 7 heures ce matin.

Sète

Sète

De retour à Sète, j’entreprends la longue traversée vers Agde. En soi, ce n’est pas désagréable, il y a une promenade isolée des voitures tout le long des plages. Tous les 3 kilomètres, je me jette sous les douches qui jalonnent le parcours pour me rafraîchir. A un moment, je me dis qu’il faut quand même que je goûte à la mer. Je le regretterai tout le reste de la journée, avec ce sable qui s’incruste partout dans mon corps, m’irrite et me brûle. Il fallait que je le fasse, que je partage avec tous ces français ce lieu de villégiature. Je respecte mais je ne comprends pas. S’entasser sur des plages, se griller au soleil, payer des emplacements hors de prix, se retrouver dans des bouchons, subir l’agitation nocturne. Non, vraiment cela me dépasse.

Voie cyclable du Lido entre Sète et Adge

Voie cyclable du Lido entre Sète et Adge

Le Lido entre Sète et Agde

Le Lido entre Sète et Agde

Le Lido entre Sète et Agde

Le Lido entre Sète et Agde

Brompton sur le Lido

Brompton sur le Lido

 

A l’arrivée sur Agde, j’ai un coup de mou. La piste cyclable est toujours là, heureusement mais elle longe une route saturée. Vroum … vroum … vroum, c’est le bruit lancinant des voitures. Je suis d’autant plus dans un état d’esprit défaitiste que la personne de l’office du tourisme de Marseillan m’explique que tous les campings sont complets, que le camping sauvage est formellement interdit et que de toute façon il présente le risque de se faire détrousser ou rouler dessus par les engins de nettoyage. En même temps, dormir sur ces plages dans le sable ne me dit vraiment rien du tout. Là, il est 17h30, il faut que je décide de quelque chose et j’en ai marre ! Quelques personnes tentent de m’aider, mais c’est à moi de prendre une décision. Un jeune homme qui habite Agde m’attend. Il me propose de m’accompagner à la gare, pas évidente à trouver. Sur la route, je demande quand même à un camping, ils me proposent 30 € la nuit, sans électricité et sans Wifi ! C’est juste du vol. Je vais donc bien prendre un train et me trouver un hôtel à Béziers. J’y serai à 19h. C’est bien trop tard et je suis bien trop fatiguée pour aller vers l’autre. Je me promène un peu. Sur les allées Paul Riquet, il y a les jeudis de Béziers avec dégustation de vins, charcuterie et fruits de mer. Il n’y a aucune mixité, cela contraste avec les personnes d’origine maghrébine que je croise un peu partout ailleurs dans la ville. Je me demande si c’est ma perception qui est tronquée du fait de la mairie FN ou si cette ségrégation a aussi cours dans ma ville d’Asnières. En tous cas, je me convaincs que c’est bien pour la mixité culturelle qu’il faut œuvrer pour préserver le vivre ensemble.

Vendredi 7 août : de Béziers à Laurens

J’en avais marre de courir. Je suis partie trop tard de Béziers et bien sûr je l’ai regretté. J’ai été rattrapée par la chaleur. Pédaler sous des températures de plus de 35 degrés n’est pas chose aisée. J’étais pourtant déterminée. Il y a eu ce monsieur, gérant du café à Magalas, qui m’a conseillé d’aller visiter le château de Cassan. Il m’a dit, « les vieux le faisaient bien, il suffit de mettre un chapeau ou un T-Shirt sur la tête ». Cela m’a motivée mais n’a pas suffi.

Château de Cassan

Château de Cassan

Château de Cassan

Château de Cassan

La garrigue entre Roujan et Faugères

La garrigue entre Roujan et Faugères

De retour à Laurens, j’ai jeté l’éponge et me suis posée dans un camping difficilement négocié à 22 euros la nuit. De toute façons, a priori c’était sûrement une bonne chose puisque le camping de Lamalou est toujours fermé suite aux inondations et drames de l’automne dernier. Ce n’est pas bon, je suis d’humeur trop maussade ces jours-ci. Cela me prive de jolies rencontres, j’en suis certaine. Je dois y remédier, m’organiser différemment, pour ne plus subir, tout en me laissant porter.

Samedi 8 août : de Laurens à Olargues

Après un début de matinée sur voie rapide et hostile, sans alternative possible, je rejoins la voie verte qui relie Bédarieux à Mazamet.

Sur la route de Bédarieux

Sur la route de Bédarieux

Le Poujol-sur-Orb

Le Poujol-sur-Orb

Voie verte de Bédarieux à Mazamet

Voie verte de Bédarieux à Mazamet

Pont Eiffel à l'entrée d'Olargues

Pont Eiffel à l’entrée d’Olargues

J’ai prévu de m’arrêter pour la soirée à Olargues où se déroule le « festibaloche ». Pour une fois que mon itinéraire colle à peu près avec les festivités locales, cela méritait bien un stop. Sauf que, il pleut toute l’après-midi et la soirée et que les concerts sont annulés. Heureusement, le camping est de type familial et j’en profite pour discuter avec Léa et dresser son portrait. C’est au moins le signe que le cycle des rencontres est reparti et que le projet JIDAV va pouvoir prendre un nouveau souffle dans la dernière ligne droite du voyage.

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