Du rapport au travail au revenu de base

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Au travers des rencontres que j’ai pu faire dans le cadre du projet « J’irai discuter avec vous », j’ai cherché à appréhender la relation au travail et la façon dont l’idée d’un revenu de base universel et inconditionnel pouvait être perçue.

J’ai pu aborder le sujet avec une quinzaine de personnes, elles se répartissent en proportions égales sur chacune des positions suivantes :

40 % sont clairement pour ;
20 % y sont opposés ;
40 % pensent que c’est une bonne idée mais que c’est utopique et irréalisable.

Les personnes qui sont pour l’instauration du revenu de base universel et inconditionnel y voient un facteur d’émancipation, au travers de l’autonomie financière et donc de la liberté pour chacun de devenir ce qu’il souhaite vraiment être.  D’autres y voient une possibilité de transcender le rapport à l’argent et de favoriser l’épanouissement de chacun au travers de entrepreneuriat et de la créativité. Il donnerait les mêmes chances à tout le monde et permettrait de rééquilibrer la répartition des travaux difficiles, tout en permettant à chacun de choisir de gagner plus, de relever de nouveaux challenges ou de mettre en œuvre des projets. La particularité des personnes qui ont émis un avis favorable est d’être assez âgées, d’avoir fait des études ou d’avoir voyagé.

A l’inverse ceux qui s’y opposent, sont ceux qui ont connu des conditions de travail difficiles, ou par leur profession, été en contact avec des personnes sans emploi salarié. Ils avancent la crainte d’un appel d’air vers l’immigration ou l’inquiétude quant à la réalisation des travaux les plus difficiles et ingrats et la difficulté pour chacun à œuvrer dans le sens de l’intérêt collectif. Par ailleurs, pour certains, le revenu de base n’apparaît pas équitable puisqu’une personne qui gagne beaucoup d’argent le toucherait également. La question de l’universalité est aussi posée, d’abord au niveau Européen, difficilement applicable, dans la mesure où il existe encore de forts écarts de salaires et au niveau mondial.

La perception sur le fait que certains « profiteraient du systèmes » m’est apparue assez clivante.

D’une part il existe un postulat sur le fait dans le fond, personne n’a envie de ne rien faire de la journée et que de facto, un système tel que le revenu de base couperait court aux comportements de fraudes. On ne parlerait plus d’aide sociale, mais d’un dû de la société vis-à-vis de chaque être humain.

D’autre part, travailler, serait ce qui permet d’avoir une place dans la société et d’être indépendant. L’argent a alors plus de valeur que s’il a été simplement donné. La société doit sécuriser en cas de coup dur dans la vie, que cela soit un problème de santé ou parce que la vie nous a abîmé. Il y aurait aussi certaines personnes qui délibérément ne veulent rien faire.

Les deux positions témoignent de la nécessité de paralléliser la mise en place d’un revenu de base à une refonte profonde du système éducatif, tant pour insuffler de nouvelles valeurs que pour permettre à chacun de trouver la voie de son épanouissement personnel et de la vie en société.

Enfin, un certain fatalisme s’est exprimé, sur la capacité de financement mais surtout sur la capacité de notre société à évoluer : l’Europe serait incapable de mettre en œuvre un consensus, d’autant plus parce que le système serait organisé par les puissants, pour les puissants. Il faudrait un mouvement fort, mais il n’y a pas encore assez d’énergie ni de conscience dans la société actuelle. Dans le temps présent, les gens ne sont pas prêts pour cette idée. Les actifs ont une vision des bénéficiaires sociaux de parasites ou alors, ils leur rappellent leur propre peur du déclassement social. C’est pour cela qu’ils les rejettent et en font des boucs-émissaires.

En conclusion, c’est bien d’un vaste débat citoyen sur le revenu de base dont nous avons besoin, d’une re-politisation pour que collectivement, l’idée fasse son chemin, s’affine et dresse un projet de société commun pour demain.

  7Commentaires

  1. Lagasse   •  

    Votre article resume bien les principales objections faites au cours de toute presentation du RDB.
    Je crois que le point majeur, c’est le fait qu’il s’agisse réellement d’une reforme de base qu’on peut appeler révolution qui necessite la mise en place d’une reforme complete du système éducatif ,puisque le but de l’education ne sera plus en priorite de nous rendre employable mais de nous amener a realiser ce dont nous sommes capables, quels sont nos dons. C’est evidemment autrement complexe et autrement passionnant, y compris pour le corps enseignant.

     
  2. Barbisan   •  

    A lire un peu entre les lignes les paragraphes consacrés par l’auteure aux « pour » et aux « contre », il me semble que parmi les « pour » seraient plutôt représentées des personnes de milieu sociaux culturels plus élevé (ex : « d’avoir fait des études ou d’avoir voyagé. « ), plus en tout cas que dans les « contre ».

    En effet, ces derniers ont connu des « conditions de travail difficile », font état d’une crainte d’ « appel d’ air vers l’immigration ».On pourrait penser qu’ ils craignent déjà la concurrence de la main d’ œuvre immigrée dans la course féroce à l’ emploi, en l’espèce des emplois dans des secteurs où le travail est difficile et ingrat. Par ailleurs, et de façon très cohérente avec leur éthique du travail, ces personnes ont beaucoup de mal à admettre le caractère universel d’un tel revenu et donc le fait qu’ il soit également perçu par les plus favorisés qu’ eux.
    En somme il y aurait chez eux la peur d’être pris en tenaille entre les plus défavorisés qu’ eux ( les immigrés) et des plus favorisés (les classes moyennes et aisées, voire très aisées).

    Enfin l’ auteure précise : « Les actifs ont une vision des bénéficiaires sociaux de parasites ou alors, ils leur rappellent leur propre peur du déclassement social. ». C’est tout à fait exact, me semble-t-il mais justement dans notre société, celle où les allocataires des divers subsides appartiennent aux classes dites « défavorisées ». Dans la mesure justement où le revenu de base serait véritablement universel, donc perçu par tous, on peut espérer que ce rejet des «  pauvres », vus comme parasites, diminuerait.

     
    • mamygeek93   •  

      “Par ailleurs, et de façon très cohérente avec leur éthique du travail, ces personnes ont beaucoup de mal à admettre le caractère universel d’un tel revenu et donc le fait qu’ il soit également perçu par les plus favorisés qu’ eux.
      En somme il y aurait chez eux la peur d’être pris en tenaille entre les plus défavorisés qu’ eux ( les immigrés) et des plus favorisés (les classes moyennes et aisées, voire très aisées).”

      Les plus favoris sont des êtres humains comme les autres. Par ailleurs, ils ne perçoivent le “Revenu Universel d’existence” qu’au départ. Ils sont imposables donc ils le reversent totalement ou en partie à la collectivité sous forme d’impôts. En réalité, toutes ces objections n’ont pas lieu d’être car elles sont basées sur l’ignorance.

       
    • mamygeek93   •  

      @barbisan
      “« Les actifs ont une vision des bénéficiaires sociaux de parasites ou alors, ils leur rappellent leur propre peur du déclassement social. ».

      C’est tout à fait exact, me semble-t-il mais justement dans notre société, celle où les allocataires des divers subsides appartiennent aux classes dites « défavorisées ». Dans la mesure justement où le revenu de base serait véritablement universel, donc perçu par tous, on peut espérer que ce rejet des « pauvres », vus comme parasites, diminuerait”

      Je vous rejoins totalement sur ce point.

      Par ailleurs, le terme péjoratif “allocataires” disparait pour faire place au terme neutre ou positif de “Revenu”.
      Ensuite, je vais plus loin, le “Revenu Universel” rassemble plutôt qu’il ne clive, inclut sans exclure aucun d’entre nous et enfin,
      le “Revenu Universel d’Existence” nous permet de comprendre que notre vie participe à la société au même titre que celle des autres avec la même “valeur intrinsèque”.

      Explication sur le RUE,”Revenu Universel d’Existence” :
      J’ai définitivement accepté cette appellation après un travail de 3 ans sur le sujet, thème central d’une forme de projet politique français pour 2017.

       
  3. Pradalier   •  

    Très peu de personnes ont imaginé autre chose que la société où elles sont depuis qu’elles sont nées. Et les personnes qui vous renvoient à l’utopie sont peut-être les plus lucides si en effet vous ne pensez pas vous-mêmes avec d’autres outils que ceux qui ont existé jusque là.
    Après avoir écouté les types de droite comme les alternatifs, plus ou moins gaucho ou écolo (oui, c’est toujours des bonhommes qui tracent des plans sur la comète, les femmes sont plus concrètes: Antonella Corsani par exemple ) j’ai modifié ma première idée (que j’avais envoyée au PS en 2007 car il a fallu en effet voir une femme en position de représenter la France pour que je me réveille enfin.) Le masculin en français empêche que nous nous sentions concernées et c’est très insidieux comme mécanisme. Il a donc fallu que je travaille là-dessus d’abord pour avoir des chances de réveiller les femmes.
    Et la nouvelle idée est résumée sous l’acronyme RISSUC ou RUSSIC pour Revenu individuel salarial solidaire unique et choisi. Je crois pouvoir la développer un peu plus à présent en imaginant concrètement sa possibilité de réalisation. Mais pour ça il faut qu’on fasse tomber bien des mythes : celui de l’agressivité comme condition de survie par exemple, celui de la culpabilité et celui de la hiérarchie entre individus. Oui, je sais c’est du travail, mais c’est que du plaisir !!! J’en témoigne.

     
  4. Pingback: Pour le Revenu d’Existence Universel sans conditions | Collectif des Innovations/illuminations Politiques

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