DAVID, 44 ANS, ARTISAN TEINTURIER, COURNIOU

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La rencontre

J’ai d’abord croisé David à Montsalvy, petit village du Cantal où j’avais décidé de faire un détour. Comme à mon habitude pendant mon voyage, je m’étais attablée au café du village. Nous avons refait le monde avec son amie Sophie et la tenancière du bar, puis nous avons échangé nos coordonnées et ils m’ont offert l’hospitalité à Corniou les grottes, entre Montpellier et Toulouse. Quelques semaines plus tard, je les ai recontactés. Sophie n’était pas là, mais David m’a ouvert les portes de son univers.

Son univers

Son parcours de vie

David est le dernier d’une fratrie de six enfants. Ses parents étaient des réfugiés politiques, anarchistes espagnols. En ce sens, il me dit avoir eu une éducation assez particulière, fondée sur la nécessité de ne pas se laisser marcher dessus, en exigeant un respect mutuel. Quels que soient leurs parcours, tous les enfants ont en commun un sens profond de la liberté. Les catalans sont des sanguins, ils ont des caractères entiers.

L’anarchie espagnole est un mode de vie qui a fonctionné pendant trois années en Espagne, entre 1935 et 1939 alors que, parallèlement, la dictature du général Franco s’installait. A ce moment-là, le cadastre avait été brûlé, les propriétés redistribuées et l’argent aboli. Cette période de l’histoire reste très présente dans de nombreuses familles espagnoles, c’est un peu sur cette mémoire que s’est construit le mouvement Podemos.

Lorsqu’il avait 10 ans, après la mort de Franco, David est retourné vivre en Espagne. A ce moment là, il y a des choses dont les vieux ne parlaient pas, y compris son père. Ce dernier a commencé à s’ouvrir et à raconter ce qui s’était passé lorsque David a adhéré à la CNT (Confédération Nationale du Travail). Pourtant, à la fin de sa vie, il n’y croyait plus, il avait vu les choses évoluer, les magouilles, manipulations et surtout les guerres.

David a d’abord exercé le même métier que son père, bûcheron. Puis, peu à peu, il a été sensibilisé aux questions écologiques. Il a rencontré Pierre Rabhi dans le cadre du Carrefour des Initiatives et des Pratiques Agro écologiques (CIPA). Il avait alors 17 ans. C’est lui qui lui a fait découvrir le maraîchage biologique, et voir la nature sous un angle plus écologiste. Il a changé sa vie, lui a ouvert l’esprit. A ce moment là, David a cessé son activité de bûcheron pour devenir maraîcher. Il me dit “Avant, je coupais des arbres, après je me suis mis à en planter”. Pour lui Pierre Rabhi a toujours été Pierre Rabhi et il ne mérite pas les critiques qu’on lui adresse.

Aujourd’hui David se dit jardinier et artisan teinturier de grand teint, il tente de refaire vivre les savoir-faire ancestraux de la région pour cultiver et reproduire des teintures végétales de pastel, garance, indigo.

Ses idées

Le revenu de base

L’avis tombe subitement, il n’est même pas nécessaire de développer et d’expliquer le concept “Le revenu de base, c’est génial, il le faut tout de suite”. Normal, l’émancipation passe par l’autonomie, notamment financière.

L’idée avance, Sarkozy l’a même relancée en Lybie, pour compenser le fait d’avoir viré Kadhafi, parce qu’il voulait instaurer le dinar or.

L’alimentation et l’agriculture

David cultive en bio, il a été un temps président du conservatoire de la tomate qui perpétuait près de 450 variétés différentes. A ce titre, il reproche à l’association Kokopellide ne pas avoir su travailler en intelligence avec les professionnels du secteur. La sélection est un métier et il apparaît aujourd’hui que s’appuyer uniquement sur des bénévoles, aussi motivés soient-ils, ne permet pas d’obtenir des semences de qualité.

Depuis qu’il a tué lui-même ses chevreaux, David me dit manger beaucoup moins de viande. Même de la viande bio. D’ailleurs pour connaître certains éleveurs, il se méfie beaucoup de ce label.

L’environnement, le climat, la COP 21

Il y a parfois certaines aberrations dans la préservation de l’environnement, souvent dues à une méconnaissance des territoires et des équilibres généraux. Il existe une plante protégée sur l’Aubrac. Tant est si bien que le jardin botanique n’a pas pu en prélever pour la protéger. On surprotège parfois certaines zones, où une espèce se développe en grande quantité, et ailleurs, dans une petite parcelle, on laissera passer des camions et tracteurs sans se préoccuper de ce qui poussait sur le sol.

Par  ailleurs, David pense qu’il ne doit pas y avoir de brevets sur toutes les techniques respectueuses de l’environnement, tant pis si les multinationales se les approprient.

Le système démocratique

Aucun parti ne convient à David, il y a du bon et du moins bon dans chacun, y compris chez Hollande ou Sarkozy. En conséquence, David a décidé de ne plus voter tant qu’il n’y aurait rien de concret. Il refuse de donner son pouvoir à quelqu’un. Il fera peut-être un effort pour les municipales, à condition qu’il y ait de vraies propositions en termes de politique énergétique. Sa région est une terre de lutte. Il fait partie de ceux qui se sont battus contre un parc éolien de masse et fait échouer un projet d’enfouissement des déchets ultimes dans un aquifère karstique à Saint-Pons. Suez, avec l’appui du BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) souhaitait combler une ancienne carrière, mais celle-ci était au-dessus d’importantes réserves en eau de qualité.

David reste profondément anarchiste et se retrouve dans les valeurs liées à la terre et au partage, à l’humanisme. Pour lui, les objecteurs de croissance sont dans le vrai et il faudrait miser politiquement sur la décroissance. C’est nécessaire, même si c’est difficile à intégrer pour des gens qui ont connu la guerre puis vu les choses s’améliorer grâce à l’électricité, aux progrès de la médecine, etc.

Au final, les idées, cela reste des idées, ce qui est important ce sont les actes, au quotidien pour polluer le moins possible ou dans les combats.

Europe-écologie-les-verts

David connaît bien José Bové, il a arraché des champs d’OGM avec lui. Bien sûr, comme beaucoup de personnages médiatiques et politiques, il est soumis à la critique. Mais c’est quelqu’un de respectable et qui continue de lutter différemment, avec un discours et des actions à 100 % légitimes. Il fallait bien qu’un berger sorte à un moment de ses chèvres et de son territoire pour se mettre en capacité de faire bouger les lignes.

Ses références et Ses dernières lectures

Vidéo : “Un autre futur – l’espoir en rouge et noir”

https://www.youtube.com/watch?v=ffF1t9kIn0c&authuser=0

[1] Kokopelli est une association française qui distribue des semences issues de l’agriculture biologique et biodynamique dans le but de préserver la biodiversité semencière et potagère.

[2] Un aquifère est une formation géologique ou une roche, suffisamment poreuse et/ou fissurée (qui peut stocker de l’eau) et perméable (où l’eau circule librement).

 

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