CORINE, 27 ANS, ANALYSTE FINANCIÈRE, PARIS

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Le problème aujourd’hui, c’est que chacun veut vivre sa petite vie et oublie les autres.

La rencontre

Corine travaillait dans le même immeuble que la PME où j’étais salariée. Elle aimait bien discuter avec nous pendant les pauses cigarettes, elle trouvait que mon entreprise avait l’air sympa, les salariés heureux. De fil en aiguille, je lui ai proposé de faire son portrait. Nous avons déjeuné ensemble, plusieurs fois, parlé de nos vies.

Son univers

Son parcours de vie

Trois filles dont les parents sont fiers. Ils ont quitté la Guadeloupe et leur ont montré tous les chemins possibles. Elles n’ont eu qu’à choisir et ont réussi, chacune dans leur voie. Corine est la cadette. Elle, elle a choisi la finance, parce que son esprit s’accommodait bien des chiffres et qu’elle s’intéressait à l’économie. Elle voulait contribuer à financer l’économie réelle. La finance de marché  ne l’intéresse pas, elle est trop complexe, il faudrait la simplifier et la réguler.

Corine a les ambitions des filles de notre génération, comme je les ai eues. Non pas de tout conquérir, mais de trouver sa place et surtout d’acquérir son indépendance, celle qui nous assure notre liberté de choix de vie. A ce stade, cela signifie avoir un CDI, être reconnue dans son travail, progresser en continuant à se former, sans prétention salariale excessive mais suffisamment pour s’acheter l’appartement, cerise sur cette insertion professionnelle réussie. Ces projets occupent pas mal son esprit. Il faut aussi veiller à son équilibre, elle y réussit plutôt bien, toujours allante. Tout ça ne laisse pas beaucoup de temps pour réfléchir sur notre monde. Mais Corine est curieuse et nos échanges posent le cadre.

Ses envies

Lors de notre premier déjeuner, Corine m’a dit avoir envie de partir travailler à l’étranger pour s’ouvrir à autre chose et sortir de son quotidien qui lui donne parfois l’impression de l’emprisonner. Etre heureux, c’est ne pas soucier du logement, avoir un pied à terre pour pouvoir voyager.  Mais ses projets actuels l’ancrent dans sa vie ici. Elle ne m’en a plus trop reparlé.

Peut-être parce que peu à peu elle comprenait que son souhait de découvrir des modes de pensées et de réflexion différents de ceux des français, qu’elle juge pré-machés et standardisés par l’école, elle pouvait le réaliser ici. Les préjugés, que tout un chacun détient, deviennent alors source d’échanges, de déconstruction et constituent les premières pierres à l’édifice d’une pensée renouvelée. Ici même.

Le monde tel qu’elle le voit

Certains pans de la finance sont aujourd’hui complètement décorrélés de la réalité. Le fait par exemple qu’un embargo sur la Russie entraine un effondrement de la monnaie et des prix décuplés est assez irréel.

Le monde tel qu’elle le rêve

Pour Corine le collectif doit fonctionner de pair avec l’individu. Sinon, l’individu s’oublie.

Son action

Corine a été approchée par Greenpeace, dans la rue, elle a adhéré. En revanche elle ne supporte pas les associations qui la sollicitent sans cesse. Elle agit aussi dans ses choix de consommations.

Ses sujets d’intérêt

Le revenu de base

Le revenu de base est une bonne idée car il donne les mêmes chances à tout le monde et permettrait de rééquilibrer la répartition des travaux difficiles, tout en permettant à chacun de choisir de gagner plus, de relever de nouveaux challenges ou mettre en œuvre des projets. L’intérêt de le donner à ceux qui n’en n’ont pas besoin n’est pas évident pour Corine. La question de l’équivalence des pouvoirs d’achat au niveau Européen devrait aussi être réglée en préalable. Cela nécessite une réflexion plus approfondie.

L’immigration

Il est dommage que la question des réfugiés fasse tant polémique alors que ces personnes ont tellement souffert dans leur pays, risqué leur vie pour en changer et que les frontières sont somme toute quelque chose de fictif. Le trafic des passeurs la choque profondément. En même temps, si on ne met pas de quotas, il risque d’y en avoir de plus en plus.

La culture, les arts

Corine apprécie surtout les expositions, le cinéma, les lectures. D’après elle, la culture reste encore trop élitiste, il faut y avoir été sensibilisé pour s’y intéresser. Le coût d’accès est trop élevé. Il y a des gens qui ont moins d’argent mais qui pourtant ne sont pas moins intelligents ou sensibles que les autres. Il faut les bons contacts pour l’approcher, alors qu’elle devrait être dans des rencontres,  sans devoir forcément se rendre dans des lieux dédiés. Le paradoxe de la culture est qu’elle peut mettre en exergue sa propre ignorance tout en permettant d’apprendre des choses.

L’éducation

L’éducation est un sujet essentiel pour Corine. C’est notre avenir et celui du monde. Elle trouve que nous avons la chance, en France, d’avoir un système gratuit et universel, même s’il n’est pas parfait et que beaucoup d’élèves sortent du système. Elle a récemment vu un reportage sur l’illettrisme, elle a été marquée par l’importance du milieu social et de la famille dans l’apprentissage.

La religion

La religion, a une place assez importante dans la vie de Corine. Elle l’a choisi et s’est laissé guider par une religieuse du collège catholique qu’elle fréquentait.  Un bon chrétien est un chrétien debout et qui réfléchit.

Si quelqu’un n’y croit pas, il peut quand même adapter les valeurs de la religion dans son quotidien : la vie en communauté, le respect de son prochain, l’égalité. On ne peut pas prétendre être une bonne chrétienne en se faisant confesser chaque semaine, tout en méprisant les autres et en ayant un esprit fermé. La religion implique un regard bienveillant, notamment sur les plus pauvres. On peut être riche financièrement mais très pauvre intellectuellement.

Le logement

Corine est locataire à Paris depuis 3 ans. A présent elle souhaite acheter un appartement, quitte à s’éloigner un peu en banlieue. Elle trouve que Paris est sympa à vivre, mais elle souhaite faire un investissement à plus long terme et se constituer un capital. Elle se dit qu’il ne faut pas attendre et compter sur quelqu’un. Etre à deux pour faire des projets, c’est plus compliqué. Elle voit bien que dans les grandes villes, c’est surpeuplé, et que, seule, les charges vont être importantes.

Elle trouve qu’il y a un déséquilibre dans l’accès au logement, certains couples, sans enfants ont d’immenses appartements, des familles recomposées vivent, elles, dans des espaces minimes. Il faudrait pouvoir fluidifier l’accès au logement, sans pour autant bien sûr chasser les gens.

Nous parlons du principe de l’habitat partagé. Elle me dit que pour cela, il faudrait déjà être à l’aise en colocation. Cela nécessite d’avoir une même vision des espaces partagés. Elle a besoin de sa solitude à cet instant de sa vie, mais trouve que ce serait une bonne idée pour les personnes âgées. Elle trouve en revanche que l’idée d’avoir des immeubles ou des quartiers qui soient de véritables lieux de vie commune devrait être plus développée. Auparavant, les gens se connaissaient, s’entraidaient. Aujourd’hui un alcoolique sera par exemple abandonné, on ne fera plus confiance.

Corine me parle de sa rencontre avec sa voisine, du lien qu’elles ont peu à peu crée au gré d’événements partagés. Son regard s’illumine.

L’environnement, le climat, la COP 21

Si Corine a entendu parler de la conférence pour le climat, le terme de COP 21 ne lui évoque rien. Elle me parle du sixième continent de plastique dans les océans. L’humain, dans son envie de se développer, détruit son environnement, en fait une poubelle. SI dans les pays plus développés, les citoyens commencent à être sensibilisés à la question, il y a encore beaucoup trop de gaspillage d’électricité, d’eau, alors que des tas de gens meurent de soif. De par son éducation, Corine ne peut fondamentalement pas jeter de nourriture.

Le système démocratique

Corine vote en fonction des différents points de vue exposés. Elle s’intéresse surtout aux élections présidentielles et municipales. Elle ne se juge pas particulièrement de droite ou de gauche et ne s’attache que peu aux personnalités politiques. Elle trouve que la forme actuelle de démocratie n’est pas adaptée, que les gens ne s’y reconnaissent pas. Il y a beaucoup de beaux discours mais peu de changements. Normalement en politique, chaque voix devrait porter, même s’il ne peut pas exister 60 millions de partis et que les représentants restent nécessaires. L’équilibre serait de pouvoir donner régulièrement son avis, sur des idées, plus que sur un programme.

 

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