Bernard, 67 ans, éleveur retraité du Limousin

PrintFriendly and PDF

Ce n’est pas vraiment un portrait manqué mais plutôt un portrait de mémoire, à vif. J’ai pédalé, deux heures durant auprès de Bernard, puis nous avons déjeuné ensemble.
Comme quasiment chaque jour, il sortait son vélo, acheté 25 € d’occasion, avaler quelques kilomètres. A 67 ans, après deux mariages et quatre enfants, il est venu s’installer entre Saint-Sulpice les Feuilles et la Souterraine. C’est mieux pour faire du vélo que son Limousin d’origine, plus plat. Vers Saint-Léonard de Noblat, il était éleveur de vaches limousines et de chevaux anglo-saxons. Il avait 73 vaches-mères et une quinzaine de chevaux pour environ 63 hectares. C’était bien assez selon lui. Au-delà, cela ne sert à rien, il a vu ses collègues s’épuiser à la tâche. Il reste très fier de ses chevaux et de leurs victoires aux courses. Il était président de la société de chasse, faisait souvent des battues au sanglier.

Il aime bien la région, aller au thé dansant, faire valser ou rocker les dames. Bernard reste un grand charmeur, et il se plaît bien ici, même s’il trouve les creusois plus accueillants que les berrichons. D’ailleurs, il a laissé tomber la chasse car il ne se plaisait pas avec les chasseurs du coin. Il me raconte l’époque où, chez ses parents, il y avait toujours une assiette de plus pour le facteur ou le représentant de passage.

Il se décrit comme un agriculteur retraité « pauvre », à peine plus que le RSA. Mais il semble heureux. La valeur travail est très importante pour lui, il voudrait qu’on laisse les patrons qui créent de l’emploi tranquilles, qu’on arrête de leur casser du sucre sur le dos. Il me parle beaucoup de son ami de la famille Legrand, de la grande entreprise que son père avait su développer. Il s’emporte en revanche facilement quand il évoque ceux qui font trop souvent grève, comme les cheminots. Les français sont des râleurs, ils ne sont jamais d’accord sur rien. Et puis, ils ne travaillent pas assez. Pour Bernard, il faut du nucléaire, des éoliennes et des barrages.

Quand il était plus jeune, Bernard était communiste. Quand je lui demande ce qu’il pense de la politique, la première chose qu’il me dit c’est qu’il déteste François Hollande. En fait ce sont les socialistes qu’il ne supporte pas. Il honnit les comportements de ces nouveaux riches. Tout comme il ne supporte pas les comportements qu’on eu certains communistes. Pour Bernard, c’est Mitterrand qui a tué l’agriculture en France  Les nouveaux agriculteurs se plaignent trop, ils prennent les aides et ne moissonnent pas, ils quémandent quand il y a une sécheresse alors que souvent ils ont un an d’avance de fourrage et pourraient attendre une meilleure saison. Il n’aime pas non plus les étrangers, pour lui les africains, les roms sont des voleurs et il faudrait fermer nos frontières. Il me dit que les médias nous cachent beaucoup de choses, mais ne me donne pas d’exemple. Il a ancré en lui ce préjugé. Je n’arrive pas à savoir d’où ça vient. Pourtant, il ne soutient pas Marine Le Pen, car pour lui, c’est une socialiste déguisée. Il me dit que sa famille à fait travailler des noirs et des gris pour pas cher et qu’elle fera comme les socialistes, qu’elle ne les jettera pas dehors.  Aujourd’hui, il est pro Sarkozy. Il semble avoir de l’admiration pour les petits bourgeois. Il me parle avec beaucoup d’affection de sa dernière femme, qu’il qualifie de « petite bourge ». La première en revanche, elle était trop anti « tout » et il n’a pas gardé de bonnes relations avec elle .

Finalement, je lui dis que je suis écologiste. Cela le gêne moins que si j’avais été socialiste, mais il m’aurait tolérée quand même. Il me dit que Cécile Duflot s’est grillée en entrant au gouvernement. Mais il ne semble pas la détester. Par contre, il n’aime pas Placé. Il me dit qu’un jour, s’il en a l’occasion il votera pour moi. Mais c’est un charmeur …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *