AURELIE, 33 ANS, ASSISTANTE MATERNELLE, LIMOGES

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La rencontre

J’ai rencontré Aurélie au cours de mon voyage à vélo. Elle participait à une rencontre de parents du Limousin à laquelle j’avais été conviée, par le biais de deux autres personnes croisées auparavant.

Son univers

Son parcours de vie

Aurélie habitait à l’origine en région parisienne. Elle a rejoint le Limousin il y a sept ans, avec son compagnon depuis 13 ans, Bertrand. Après une maîtrise de sciences de l’éducation, elle a commencé à travailler dans des chantiers d’insertion. Aujourd’hui, elle. Elle a deux enfants et attend son troisième.

Pour Aurélie, ce qui compte, c’est la liberté des choix individuels. Il ne faut pas juger des choix de vie des autres, tant qu’ils permettent la vie en collectivité.

Ses idées

Le revenu de base

Aurélie se rappelle avoir lu le livre sur “L’âge d’or du travail” lorsqu’elle était à l’université. ElleElle croit que dans le fond, personne n’a envie de ne rien faire de la journée.

Aujourd’hui le système est organisé par les puissants, pour les puissants. Dans ce contexte, le revenu de base va avoir du mal à émerger, il faudrait un mouvement fort, mais il n’y a pas encore assez d’énergie ni de conscience dans la société actuelle.

La publicité et le féminisme

Dans la publicité, c’est l’excès qui est gênant, même s’il est difficile d’en définir les limites. Aurélie ne regarde pas la télévision, mais ce qui la choque le plus c’est l’utilisation de l’image des femmes, qui ont le plus souvent l’air de cruches.

L’éducation

Aurélie me dit avoir été élevée « gentiment », dans une volonté d’écoute des enfants. Elle se rappelle que pendant les vacances, chacun choisissait ce qu’il voulait faire de « sa journée ». Quand elle même est tombée enceinte pour la première fois, à 26 ans, elle s’apprêtait à reproduire un modèle classique d’éducation. C’est son compagnon Bertrand, qui l’a amenée à pousser un peu la réflexion. Tout deux sont issus du monde éducatif. De son côté, elle avait surtout au départ un intérêt pour le rapport à l’humain en général, mais pas nécessairement à l’enfant. C’est à sa première grossesse qu’elle a commencé à s’intéresser aux questions de parentalité. Aujourd’hui l’apprentissage se fait pas à pas, sans dogme.

Elle souhaitait un accouchement dit «respectueux » mais pas forcément à domicile. C’est pour l’arrivée de la deuxième qu’elle a franchi le pas, car elle se rendait compte qu’elle n’avait utilisé aucun des services de l’hôpital. Les questions viennent ensuite, au fur et à mesure, sur la vaccination, l’allaitement, l’école etc. Il y a beaucoup de lectures, mais surtout un chemin à parcourir entre la théorie et la pratique.

Ils ont choisi d’attendre pour vacciner leur premier enfant, c’était d’ailleurs les conseils de la pédiatre. Ils l’ont quand même fait lorsqu’il a eu 18 mois. La deuxième, à 30 mois, n’a toujours pas été vaccinée. Les deux enfants se portent très bien.

En ce qui concerne l’allaitement, si, au départ, Aurélie pensait s’arrêter à 6 mois, finalement pour son aîné, elle a continué jusqu’à trois ans et demi. La deuxième est sur la même voie.

L’école a toujours été source d’interrogation. L’aîné a demandé à y aller assez vite. Il a pleuré les trois premiers jours, puis, de lui-même, a décidé qu’il allait y prendre du plaisir. Aujourd’hui, il entre en cours préparatoire. Même si Aurélie et son mari sont à l’écoute des enfants et de leur ressenti, elle me confie qu’elle ne se sentirait pas de leur faire l’école à la maison. Elle trouve très enrichissant ce qu’ils apprennent sur la préhistoire, les dinosaures, etc. Cela permet aussi d’apprendre les codes pour se défendre dans un monde un peu violent. Au départ, l’aîné a été inscrit dans une école privée associative à pédagogie Freinet. Les parents en ont été profondément déçus, il y a avait beaucoup de cris, d’énervements, les enseignants étaient insuffisamment formés. Avec le retour à l’école publique, une maîtresse dans le dialogue et laissant beaucoup de place aux jeux, ils ont retrouvé une école accueillante et apaisante qui a permis à leur enfant de mûrir et de gagner en autonomie. Bien sûr, tout dépend des enseignants. Au-delà de la maternelle, il y a beaucoup trop de temps d’instruction et insuffisamment de création, pratiques sportives, activités manuelles, jardinage, etc.  La réforme des rythmes scolaires, si elle partait d’un bon principe, n’est pas efficace car non financée. A Limoges, comme les parents ont refusé de payer pour des activités, aujourd’hui il n’y a plus que de la garderie et on est loin de développer la créativité. Au contraire, les enfants sont beaucoup plus fatigués. L’école le samedi serait plus bénéfique que le mercredi : pour le rythme des enfants, mais aussi pour faciliter les temps d’échange entre parents et enseignants, plus disponibles à ce moment là. Les parents doivent pouvoir entrer dans l’école, lors de petites fêtes ou de moments conviviaux.

Pendant les vacances, il n’y a pas de sur-occupation, si l’aîné ne veut pas aller en centre de loisirs ou en colonie, il n’y va pas.

Aurélie et son mari s’emploient à mettre en pratique une éducation bienveillante. Ce n’est pas évident de prendre sur soi, mais aujourd’hui, ils tentent au maximum de limiter les cris et énervements. Leur fils a même acquis une certaine maturité lorsqu’il dit “C’est normal si je fais des bêtises, je suis enfant”.

Aujourd’hui, ils s’inquiètent déjà pour l’entrée au collège qu’ils jugent violent.

L’environnement, le climat, la COP 21

L’environnement, c’est la base. Il nous faut une terre pour vivre.

A son échelle, Aurélie éduque ses enfants et essaie de sensibiliser son entourage. Elle ne milite pas politiquement ou dans les associations, cela demande trop d’énergie : elle se dit blasée et n’y croit plus.

Le système démocratique

Aurélie est toute en contradictions. Elle vote par reproduction, mais dit ne pas savoir pourquoi. Elle vote pour celui ou celle qui lui plait et se rapproche le plus de ce qu’elle pense, cela peut changer en fonction des moments. Généralement elle vote à l’extrême gauche ou écologiste, pour soutenir les idées. Elle s’intéresse aux idées, pas aux gens. Elle me dit ne pas vouloir se préoccuper de ceux qui ne s’intéressent pas à elle, au risque de devenir aigrie.

Même s’il y a besoin de politique nationale pour uniformiser un peu le vivre ensemble, la politique s’appréhende mieux localement, pour organiser la vie quotidienne. Mais de toute façon, quoi que l’on fasse, cela nous échappe. Même les associations ne sont que des soupapes, sans réel impact.

Pour elle, la politique irait mieux s’il y avait une meilleure communication et plus de consultation. Le problème c’est que ceux qui s’y intéressent sont déjà sensibilisés, c’est vers les autres qu’il faudrait aller.

 

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