ALEXIS, 42 ANS, INFORMATICIEN, RÉGION PARISIENNE

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L’éducation pour combattre les religions et les idées reçues

La rencontre

J’ai rencontré Alexis un jour de campagne dans le cadre des élections départementales. Son goût pour le débat d’idées et la contradiction m’avait amenée à penser qu’un échange plus long autour de mon projet serait riche. Dans le café où nous nous sommes retrouvés, ce fut le cas. En deux heures de temps, je découvris une personne au parcours riche, et aux idées parfois bien établies.

Son univers

Son parcours de vie

Alexis est né en Géorgie en 1973, d’une mère comptable en chef et d’un père ingénieur de la télévision d’Etat. Il a deux sœurs. Sa famille était assez aisée et bien intégrée dans le système d’Etat communiste, jusqu’à sa chute dans les années 90. Pour autant, elle lui a transmis des valeurs de liberté d’esprit. Son père écoutait régulièrement Radio liberty, réprimée par les soviétiques et émise par les Etats-Unis. S’il restait profondément communiste, il résistait de la sorte au système imposé par les soviétiques. En fait, les habitants se sentaient avant tout géorgiens, avant de se sentir soviétiques. En 1987, à 14 ans, Alexis a d’ailleurs rejoint le mouvement pour la libération et l’indépendance de la Géorgie. Beaucoup de jeunes de l’époque avaient une conscience politique assez marquée.

Au cours de son enfance, Alexis a voulu devenir pompier, cosmonaute, ambassadeur, puis président de l’académie des sciences. Enfin, à 13 ans, il s’est décidé. Il serait chimiste. Il s’y est tenu, a suivi un parcours universitaire brillant. Une fois son diplôme obtenu, il a reçu un courrier du commissariat militaire et s’est trouvé enrôlé pour deux ans dans l’armée. Son niveau d’études et son grade lui permettaient d’éviter la position de soldat et au bout de 8 mois, il a été transféré dans un laboratoire. Il y est resté trois ans. Il avait un beau parcours professionnel mais ne pouvait plus vivre sa vie personnelle en Géorgie. Les apparences primaient sur l’individu. Malgré une tolérance de façade, coûte que coûte il fallait garder les apparences, cela en devenait malsain.

Lorsqu’en 2000, à l’âge de 26 ans, il décide de tout quitter pour la France et qu’il arrive à Paris, il ne  parle pas français. Pourtant, il lui semble connaître ce pays, par le biais de sa littérature : Jules Verne, Victor Hugo, Alexandre Dumas. Il se sent proche de la France et des français. Il trouve que la culture et le chauvinisme de la table rapprochent culturellement la Géorgie et la France. Il découvre un pays ouvert, et même si le climat global fait souvent référence à l’intolérance, lui-même dit ne pas y avoir été confronté. Il me parle alors de ses amis, qu’il a rencontré à son arrivée et qui sont toujours, 16 ans après aussi proches de lui et présents dans sa vie. Il est aujourd’hui informaticien.

Ses sujets d’intérêt

Alexis se considère en évolution intellectuelle perpétuelle. Il se décrit comme profondément sceptique et croit difficilement aux affirmations, d’autant plus si elles sont énoncées avec force. Il n’admet aucune autorité. Il se veut bienveillant à l’encontre de l’humanité qu’il veut faire avancer mais se considère comme trop fainéant pour vraiment s’engager et porter les idées qu’il a pourtant.

Le travail

Alexis admet ne pas connaître le monde ouvrier, celui du travail physique. Pourtant, même en travaillant dans un bureau, il a connu la souffrance au travail. Il y a deux ans, il a frôlé le burnout. Il était dans un cercle infernal. Sa raison lui disait de s’arrêter, mais il n’y arrivait pas. Depuis, il a décidé de déconnecter ses mails professionnels de son smartphone; ça va mieux, il a retrouvé sa sérénité.

Pour lui, il existe deux catégories de rapport au travail : celui dans lequel le travail est au centre de la vie et celui dans lequel ce n’est qu’un moyen de survivre. Nous parlons d’une troisième catégorie, celle d’un travail qui rend épanoui et heureux. Il le concède, mais pour lui c’est rare car cela présuppose d’avoir l’assurance que cette situation va perdurer. Les seuls cas qu’il envisage sont ceux de personnes aux compétences quasi indispensables, sur des profils très recherchés. Il me confie avoir  lui-même peur de l’insécurité professionnelle, bien qu’il se sache important dans sa société et très « employable ».

L’éducation et la religion

C’est le sujet de prédilection d’Alexis. S’il devait commencer à militer, ce serait pour favoriser les esprits éclairés. L’éducation doit être considérée de manière bien plus large que le simple enseignement d’une matière. La finalité d‘éducation est d’avoir la population mieux avisée et accélérer le progrès. Dans une société avec un niveau solide de connaissances, il n’y aura pas de place pour les religions. La disparition des religions, ainsi sera un produit secondaire et bénéfique. Pour lui toutes les religions sont synonymes de barbarie, il est profondément révolté par les exactions de l’état islamiste en Syrie, au Kenya, au Kurdistan et par l’attentat contre Charlie Hebdo. Il me parle de toutes les guerres au nom des religions, entre serbes et croates, en Egypte vis-à-vis des coptes, en Irlande. Le christianisme dit que Dieu est amour mais la religion s’est répandue par le sabre et le feu auprès de personnes dont elle prétendait sauver l’âme alors qu’ils ne demandaient rien.

Le problème tient au fait que la base de toutes les religions, c’est la croyance dans les dogmes des écritures saintes et dans le découragement voir l’interdiction de penser, réfléchir et examiner par soi-même. A partir du moment où le chemin est tout tracé, où l’on demande de suivre des règles prescrites, les individus n’ont plus à réfléchir. Je lui demande si c’est la même chose pour la société de manière générale avec la foi dans le capitalisme, le socialisme ou le communisme, il me dit que oui, mais que c’est moins marqué.

De la même manière, Alexis considère les philosophes du 21ème siècle comme des parasites. De quels droits s’octroient-ils les réponses à des questions existentielles ou morales ? L’individu libre n’a pas besoin de philosophes pour penser par lui-même. A la base, philosophie signifie « amour de la sagesse » ou « amour de la connaissance ». S’il y a deux siècles, un seul homme pouvait embrasser toute la connaissance du monde, aujourd’hui c’est impossible et prétentieux.

L’éducation doit faire comprendre et non obliger à apprendre par cœur. Par exemple, dire que l’étoile la plus proche est à 4 années lumières cela ne suffit pas. Il faut prendre conscience de l’immensité. Or comme on ne cherche pas à comprendre, on se réfugie derrière la notion de créateur, de Dieu. Mais s’il existe un créateur aussi puissant, qui aurait créé lui-même un tel créateur ? Ce raisonnement basé sur la personnification de la complexité n’a pas de sens.

Les sciences et la technologie, la notion de progrès

Alexis juge que nous sommes à un stade tellement faible de nos technologies, que l’on ne se pose pas les bonnes questions. Pour lui, une question fascinante est par exemple « Comment sauver l’univers de la mort thermique ? ». En effet, s’interroger sur un problème qui surviendra dans un futur tellement lointain qu’il est impossible à imaginer était incroyable et brillant.

D’autres questions que nos sociétés devraient plus se poser sont par exemple :

– Comment augmenter l’efficience de nos machines (transformation de l’énergie en travail) ;
– Comment parvenir à une meilleure éducation ?
– Quelle solution pour remplacer la démocratie actuelle afin de la rendre plus dynamique (le système d’élection tous les 4 ou 5 ans est obsolète) ;
– Comment faire comprendre à tous les hommes qu’on est d’abord Homme et en suite français ou géorgien, chrétien ou bouddhiste ce qui permettra d’avancer vers une Terre unie…

La technologie fait partie intégrante de la société humaine et y prendra de plus en plus de place. Si l’humanité y survit, parce qu’on est au stade des enfants qui mettent les doigts dans la prise, on arrivera selon Alexis a une écologie parfaite et artificielle. L’homme a toujours été orienté sur ce qui est artificiel, pour s’habiller, se loger. C’est une continuité logique, même si on peut s’y brûler les ailes.

Le nucléaire

L’humanité a besoin de l’énergie. A terme, la seule issue possible est le solaire, même si à ce jour, nous ne sommes pas très efficaces pour la capter. En attendant, l’énergie nucléaire lui apparaît efficace et quasiment sans danger à condition de savoir la maîtriser.

Le féminisme, les valeurs féminines

Alexis est très partagé sur la question du féminisme. Nous sommes différents mais égaux. Il y a des différences physiologiques évidentes (comme de porter un enfant) mais ni physiques ni intellectuelles.

Nous en revenons aux religions, qui ont comme point commun de toutes brimer les femmes, y compris le bouddhisme.

La question des inhibitions des émotions n’est pas une question de masculin ou de féminin. Par exemple, les anglo-saxons sont beaucoup plus expressifs que les latins.

Du point de vue pratique et quotidien, il apparaît anormal que les tâches ménagères restent essentiellement dévolues aux femmes alors que socialement, cela n’a plus de raison d’être. Elles ne sont plus cantonnées à la maison.

Le système démocratique

Alexis a la nationalité française et vote aux élections. En revanche, il affirme se désintéresser des questions politiques, de par la manière dont elles sont aujourd’hui traitées. Il n’y a plus suffisamment d’idéaux, selon lui, le système politique actuel doit mourir.

Il ébauche le principe d’un système démocratique moderne, basé sur des élections quotidiennes. Des partis et des individus se feraient connaître dans un monde connecté. A partir d’un certain niveau de jauge, basé sur un principe de « likes » les personnes seraient élues et rémunérées pour représenter leurs concitoyens. Les débats à l’assemblée seraient transmis en direct et retranscrits. Je lui précise que sur ce point, c’est déjà le cas. En revanche, les élus n’auraient pas le droit de légiférer sans l’obtention d’un nombre déterminé de soutiens de la société française. En fonction des sujets, certains citoyens s’y intéresseront, d’autres non.

Le parti socialiste

Alexis était un électeur régulier des socialistes. Mais il ne sait plus pour qui voter, même en souhaitant faire barrage au FN.

Il reproche à François Hollande de ne pas en faire assez dans la lutte contre les extrémistes religieux et l’a notamment trouvé très en deçà en réaction du massacre au Kenya.

Europe-écologie-les-verts

Au premier tour des départementales, il a opté pour EELV. Ce qui le rapproche, c’est que les militants se battent pour sauver l’humanité et lui offrir un environnement meilleur.

Pourtant, il trouve que le parti manque de maturité politique et que l’alternative énergétique proposée n’est pas viable. Ce parti n’a jamais réussi à intéresser les gens, car il se positionne toujours en alliance pour pouvoir exister.

A un certain moment, il a trouvé Cécile Duflot ridicule, donnant une mauvaise image du parti. Peut-être parce qu’il lui semble qu’elle a trop cédé sur le logement, s’asseyant sur ses principes. Il y aussi une histoire de négociations de places plutôt que de valeurs. Mais c’est un sentiment diffus qui lui reste de ce moment, et il ne sait pas vraiment me dire pourquoi.

Les sujets d’actualité

La loi anti-terroriste

Cette loi ne lui fait pas peur. A l’époque de la Stasi, on ouvrait le courrier. On pouvait tout contrôler, il y avait peu de canaux de transmission.

Aujourd’hui, la masse d’information est de plus en plus grande, les canaux de transmission de plus en plus diversifiés. Même si la puissance de calcul est de plus en plus grande, il est difficile de tout maîtriser.

Ses références et dernières lectures

AEON : Magazine anglais proposant une pensée « plus profonde et provocante » sur le web. http://aeon.co/magazine/

 

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