38 jours à vélo, à la rencontre des français: Beaucoup d’amour et de bonheur, une solitude bénéfique, très peu besoin de courage

PrintFriendly and PDF

Au terme de ce voyage, il est temps d’en tirer le bilan et de partager cette fabuleuse expérience.

« Bon courage », « Vous êtes courageuse », j’ai entendu cette phrase un nombre incalculable de fois. Même un moine, à l’entrée d’une abbaye me l’a dit. J’aurais pourtant pensé que la force de la méditation l’eut amené à un usage plus mesuré de ce terme. Mais sans doute, le poids de la souffrance dans le pèlerinage lui ont fait penser qu’il devait en être de même dans mon voyage.

Si l’on regarde la définition du mot courage, on trouve une force de caractère qui permet d’affronter le danger, la souffrance, les revers, les circonstances difficiles. Je n’ai rien rencontré de réellement difficile dans ce voyage. Je ne me suis jamais sentie en danger, si ce n’est quelques rares fois sur des routes trop passantes ou face à des chiens se ruant hors de la ferme. Mon corps n’a pas souffert, je n’ai jamais eu une seule courbature, quelques bleus ou égratignures, rien que du très bénin. La météo a été relativement clémente. Je n’ai connu aucun souci mécanique sur les 1600 kms parcourus. Et si des fois, une difficulté ou une lassitude se présentait, le joker Brompton jouait son rôle à merveille. Une quatre voies à 110 km/h, une montée trop ardue en forte chaleur et hop vélo plié, pouce tendu.

A Montpellier, un jeune marseillais m’a dit : « Madame, vous êtes déterminée ». Ce jeune homme était le premier à viser juste et à trouver le terme adéquat. J’avais en effet la détermination d’aller jusqu’au bout, je me disais que les moments un peu plus durs, de solitude ou du reste, allaient forcément rapidement laisser place à d’incroyables rencontres ou de pénétrants paysages. Et chaque jour, chaque semaine l’ont prouvé. J’étais et je reste déterminée pour réaliser ce que la plupart croient impossible, ralentir quand tout nous pousse à accélérer, aller vers l’autre quand on le stigmatise comme un danger potentiel, vivre de peu quand tout nous pousse à consommer.

Ce voyage n’a pas été difficile, je n’ai pas eu besoin de courage. Se connaître et être attentif à son environnement préviennent la grande majorité des désagréments. C’est un bonheur que chacun et chacune devrait avoir la chance de connaître : écouter son corps, activer ses sens, s’arrêter quand on le souhaite pour boire, discuter, prendre une photo, accepter les éléments. Chaque jour, on planifie son trajet, tout en espérant qu’une jolie rencontre vienne l’ensoleiller. Et quand cette rencontre ne vient pas, la solitude se gère et s’accepte pour se recentrer sur soi-même et écouter ses ressentis tout en restant positif. En vélo, on pense beaucoup, d’une pensée fluide et continue. Parfois on structure cette pensée que l’on posera plus tard sur le papier, parfois elle nous échappe. On a le droit d’avoir le vague à l’âme, mais il faut faire son possible pour garder une humeur enjouée. Si l’on est maussade, il est quasiment certain que l’on restera seul.

Tout au long de se voyage, j’ai fait confiance à ce que j’ai appelé ma bonne étoile. Hors de toute croyance religieuse, j’ai écouté les signes, appris à faire confiance à mon intuition et à prendre les choses comme elles venaient. A l’abri dans un supermarché de Millau, pendant que l’orage éclatait, Crystel m’a ainsi offert l’hospitalité et des moments inoubliables. Sur les routes de Corrèze, Alexandre et Estrelia m’ont ouvert les portes de leur univers. Dans le Cantal Sophie et David m’ont fait modifier mon parcours initial pour découvrir une autre facette de l’Hérault et du Tarn. Je ne cite pas tous ceux qui m’ont montré le chemin, offert de l’eau, un bout de jardin ou un lit, quelques mots ou tout simplement un sourire. Ainsi, tout au long de ce voyage, même si ma quête « politique » n’a jamais cessé, j’ai mis le doigt, sur quelque chose auquel je ne m’attendais pas. Ce quelque chose c’est l’amour.

L’amour était jusqu’à présent une chose vague, relevant de la relation entre deux êtres ou du totalement abstrait pour moi « amour divin ». Je ne prétends pas détenir les clefs de l’amour, mais à présent, je le ressens dans tout mon être, vers toute personne. C’est comme une énergie qui se régénère en permanence en se nourrissant des échanges. Rester ouvert à ces échanges permet de se remplir et d’émettre cet amour. La bienveillance envers chacun, la peine de voir des gens aigris ou malheureux est la plus belle découverte de ce voyage. Il me reste encore beaucoup à découvrir sur l’amour sous ces différentes formes. Mais à 33 ans, je suis heureuse de m’en laisser submerger.

Je ne suis ni épicurienne, ni martyre, et je ne crois pas qu’il soit nécessaire d’abuser de biens, d’excès, ou de souffrir pour se découvrir et découvrir les autres. Il faut simplement laisser faire la vie. Aujourd’hui, ce bonheur m’emplit, et j’ai envie de le faire rayonner le plus longtemps possible pour en faire profiter les personnes que je croiserai.

  4Commentaires

  1. Mathieu   •  

    Bonjour Marion !
    Je découvre ton blog alors que tu as déjà bouclé ton voyage. Chouette projet et belles rencontres 🙂
    Je suis en train de mener quelque chose de similaire, à la vitesse plus lente de la marche à pieds et je te rejoins complètement sur la notion de courage. C’est plutôt de plaisir qu’il faut parler ! Je ne compte plus le nombre de gens qui m’ont avoué avoir eu l’envie de se lancer dans ce type de voyage. Mais… (et là, on peut multiplier les raisons de ne pas l’avoir fait à l’infini)
    Profite bien de ce bonheur que tu as emmagaziné et fais le durer le plus longtemps possible. Il est précieux 🙂

     
  2. Stéphane   •  

    Je vous aime !

    J’aime comme tu aimes !

    Je T’aime.

     
  3. sabine   •  

    Quel plaisir de lire ces mots, chère Marion. Les chemins vécus laissent toujours de belles traces en nous et les récits d’écrivains-voyageurs vont sans doute créer en toi de nombreuses résonances ! Si ce n’est pas déjà le cas…

     
  4. François   •  

    J’ai ressenti un bonheur m’envahir en lisant quelques uns de vos articles. Vous écrivez bien. Vous écrivez simplement. Vous laissez parler votre cœur. Votre démarche qui parait simple, ou pourtant si originale, est si porteuse d’espoir. Je vous ai rencontrée il y a quelques minutes en traversant Clichy puis en découvrant que nous étions voisins ! Quel plaisir que de rencontrer quelqu’un comme vous.
    Au milieu de tant de signes qui montrent l’effondrement de notre société, vous êtes comme une preuve du contraire. Je vous encourage à continuer ce que vous faîtes avec tant de simplicité. Et j’espère que notre brève rencontre ne sera pas sans lendemain.

     

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *