30, 31 juillet, 1 au 3 août : coup de coeur pour l’Aveyron

PrintFriendly and PDF

Jeudi 30 juillet : de Saint-Geniez à Severac-le-Château

Je me réveille ce matin dans le jardin de Carole et son mari avec le ronronnement de la brasserie en fond. Pendant que je suis en train de replier mes affaires, elle apparaît sur le perron et me propose une douche et un café que j’accepte avec plaisir ! Nous échangeons un peu, surtout sur le concert de Yannick Noah de la veille, que finalement elle a bien apprécié. En partant, elle me confie une bouteille de Sabetz que j’ai pour mission de mettre en situation tout au long du voyage.

La Sabetz que leu voyage au dessus des gorges du Tarn

La Sabetz que leu voyage au dessus des gorges du Tarn

Lorsque je passe par Saint-Saturnin de Lenne, tandis que je suis en train de prendre l’église en photo, je suis interpellée par Janine. Je l’avais croisée la veille, alors que je pique-niquais en express après l’averse et qu’ils étaient en train de pêcher en famille, sur la route de Saint-Geniez. Je lui dis que je cherche un café, il n’y en pas, elle m’invite à en boire un chez elle. Elle et son mari sont originaires de la région toulousaine et sont venus ici pour la retraite, dans une charmante maison qu’ils retapent. Janine m’explique que dans ce village de 300 habitants, comme la mairie n’a pas d’argent, elle a institué un principe de récupération d’objets qu’elle vend ensuite dans des vides greniers. L’argent récolté permet d’acheter des décorations pour Noël et des fleurs pour la fête annuelle. Avant de partir, elle remplit mes poches de bonbons et de bananes. Lorsque je grimpe sur mon vélo, le compteur affiche pile 1000 km. Je suis heureuse d’avoir partagé ce moment avec elle.

Saint-Saturnin de Lenne

Saint-Saturnin de Lenne

En arrivant à Séverac, la dame du camping est exécrable. Elle a ses charges à payer et le camping c’est 24€ ou rien. Sur le parking, je me renseigne sur les routes des alentours auprès de deux agents de la mairie. Ils me parlent de l’accueil paysan, à 2 km de là, à Blayac. Je ne l’avais pas repéré. C’est une chouette nouvelle. Je m’y rends. L’accueil y est en effet tout autre, le camping est à 5€. M. et Mme Blasse sont des résistants de 1968, ils veulent garder la simplicité et la chaleur du camping. Ils fournissent les côtelettes d’agneaux bio pour les campeurs, n’insistent pas pour la table d’hôtes. Je serai toute seule et je sens bien qu’ils sont un peu fatigués même si très avenants. Finalement je dîne avec Laurent, Laurence et Adèle, originaires de la Vienne. Lui est maître d’école, elle gérante d’une épicerie bio. Il a été maire de sa commune de 400 habitants pendant 8 mois. Mais les guerres internes, les jeux de pouvoir et autres mesquineries l’ont dégoûté. Il a démissionné. Depuis il consacre son temps à composer des chansons françaises, en attendant de basculer de son métier de maître d’école à celui d’agriculteur puisque les vergers plantés il y a quelques années commencent à produire et à demander plus de temps.

Vendredi 31 juillet : de Severac-le-Château à Millau

De bon matin, après une nuit de pleine lune bien fraîche et un dernier thé partagé avec Laurent, Laurence et Adèle, je quitte l’accueil paysan de Blayac pour me diriger vers Millau, en passant par un bout de Lozère. Les paysages changent radicalement par rapport à la veille, il y a des pins, des sapins, les sols secs des causses.

Bienvenue en Lozère !

Bienvenue en Lozère !

 

Soudain, je me retrouve en haut des gorges du Tarn. Je ne m’attendais pas à ça, j’en ai le souffle coupé, le vide sous mes pieds est impressionnant. Avec mon Brompton, je me sens à la fois toute petite et fière d’être arrivée jusqu’ici, dans ce paysage majestueux.

En haut des gorges du Tarn, impressionnant !

En haut des gorges du Tarn, impressionnant !

 

La descente nécessite toute confiance dans les freins !

La descente nécessite toute confiance dans les freins !

J’entame la descente, à 8%, avec la foi dans les freins que j’ai moi-même changés.
Je longe les gorges et croise des dizaines de campings, mais aucun ne me fait rêver.

Après 45 km, je me réjouis de n’être plus qu’à 5 km de Millau. Mais soudain, la route se transforme en 4 voies à 110 km/h.

Voie à 110 km/h à l'entrée de Millau. Joker stop nécessaire !

Voie à 110 km/h à l’entrée de Millau. Joker stop nécessaire !

J’utilise donc mon joker Brompton et commence ma session stop. Je peste à voix haute contre les camions, camping-cars, voitures qui ne daignent pas s’arrêter me fermant les portes de leur royaume. Enfin, un jeune en vieille 205 s’arrête alors que je suis en train de remonter mon chargement, quitte à faire demi-tour pour revenir en arrière récupérer la parallèle. Il s’est récemment installé sur leplateau du Larzac, connaît personnellement José Bové qu’il apprécie. Les autres représentants, il les méprise et ne vote pas. Il me dit qu’il devrait commencer à s’intéresser à la politique, sans aller plus loin. Pour le moment il travaille comme arroseur (cela consiste à préparer la sous-couche des voiries), mais en fait avec sa femme ils fabriquent des sacs en cuir. En attendant que l’activité démarre, ils ont besoin d’argent, donc il a trouvé ce travail. Il a aussi été attrapeur de brebis pour les tondeurs. C’est très physique me dit-il. Il me dépose dans le centre de Millau.

Je rejoins facilement le restaurant, l’Échoppe, que m’avait conseillé Laurent. Je m’attable avec deux jeunes du coin, l’un d’entre eux fait des travaux en cordée, ce sont des amateurs de parapente. Ce restaurant est un point de rendez-vous, des gens, semblant tous se connaître y défilent.

Bien que peu encline à redémarrer, je me dis, qu’il faut quand même que j’aille voir le viaduc. Je sors de la Ville, monte un peu, et ça suffit, je redescend. En le voyant, je pense surtout au sacré bazar que cela a dû être pendant les travaux de construction. Après, je reconnais que le résultat final s’intègre assez bien au paysage, pour un ouvrage dédié à la circulation routière.

Millau

Millau

Avant de me plonger demain dans le Larzac, je dois me ravitailler. Je me rends à la supérette. L’averse éclate pendant que je suis en train de faire mes courses. En sortant, pendant que prépare le vélo en mode pluie, j’échange avec la dame de l’accueil. Elle me propose spontanément de m’héberger ce soir. J’avais prévu de faire du camping sauvage le long de la Dourbie, mais vu le temps, sa proposition est la bienvenue. Le seul hic, c’est qu’elle doit faire l’inventaire et devrait terminer vers 22h. Mais je sais occuper les temps creux et reviens à l’Échoppe en attendant.

Je me promène à vélo, appréciant pleinement Millau et ses alentours. Mon coup de cœur se confirme. A l’heure de dîner je reviens vers le centre ville. Je fais la connaissance de Philippe, Laura et Jeanne, leur petite fille. Ils viennent de Paris. Ils sont très avenants et nous dînons ensemble, pendant qu’il pleut à verse. Si Crystel, la dame de la supérette ne me rappelle pas, je pourrais toujours rester avec eux. A 22h, l’inventaire fini, Crystel m’appelle. Encore un miracle, la pluie s’est calmée et je me rends donc à son domicile.

Samedi 1er août : Millau

L’accueil chez Crystel a été très chaleureux, j’y ai fait la connaissance de trois de ses six enfants, Maël, Angélique et Keitlyn. Ce matin, Crystel est fatiguée, je traîne aussi au lit. La journée est grise, je ne suis pas hyper motivée pour repartir. Crystel doit repartir travailler mais elle me propose de rester avec les enfants.

C’est une journée bonheur. Je discute beaucoup avec Keithlyn, l’aînée, de 12 ans. Nous regardons le film « Wild », qui raconte l’histoire d’une jeune femme qui a parcouru les 3000 km du chemin des crêtes entre le Mexique et le Canada. C’est une histoire de souffrance, de dépassement de soi, souvent de méfiance des autres. Mon voyage n’a rien à voir, il est facile, beau et les personnes que je rencontre sont toutes merveilleuses. Avec les enfants, nous préparons une pizza et un gâteau au chocolat pour le repas du soir.

Et là, patatras, mon téléphone tombe de la table, et pour la troisième fois de sa vie, son écran se casse. Ce n’est pas l’écran noir, mais vert puis blanc. Demain c’est dimanche et il ne sera pas possible de le réparer. Crystel se met en quatre pour me trouver un téléphone de secours mais les vieux téléphones de la maison ne fonctionnent pas. Crystel est stressée. Moi pas, je prends cela comme un nouveau signe. Ce n’est pas bien grave de vivre sans téléphone. On voyageait bien sans avant. Je préviens tout le monde sur Facebook de ne pas s’affoler si je ne suis pas joignable, et cela ne m’empêche pas de dormir.

Dimanche 2 août : de Millau à Nant

Plus de téléphone = plus de photos en temps réel ! (mais je vous les ai rajoutées en décalé 😉

Au matin, c’est l’heure de se dire au revoir. Je n’oublierai jamais l’hospitalité de Chrystel et ses enfants. Elle m’offre un bracelet avec des pierres d’ambre. Il est magnifique, je ne le quitterai plus. Il me rappellera combien l’autre est beau, qu’il ne faut jamais oublier d’aller vers lui et de lui ouvrir notre cœur et notre foyer.

La sortie de Millau, se fait par une voie cyclable. Je longe la Dourbie, c’est plus calme et sauvage que les gorges du Tarn. Tranquillement, j’arrive à la Roque-Sainte-Marguerite. Je discute avec un élu. C’est la ville où José Bové est inscrit sur les listes électorales. Il ne l’apprécie pas, il n’est même pas venu voter aux dernières élections régionales. Il n’aurait jamais vraiment été éleveur, serait surtout versé dans la communication. D’après lui, sur le plateau du Larzac, il ne ferait pas l’unanimité. Cet élu de petit village, encore un, me dit être dégoûté de la politique et des jeux de pouvoirs. Pour lui et sa femme, en Aveyron, c’est la mafia.

Je poursuis jusqu’à Nant, en longeant la Dourbie, sans monter sur le plateau du Larzac. Là bas, j’y rencontre une autre personne, de son côté plutôt favorable à Bové. Il appelle sa compagne qui est à EELV et qu’il voudrait me faire rencontrer. Pour des raisons qui m’échappent mais qui doivent être les bonnes de son point de vue, elle est suspicieuse et n’apparaît pas emballée par l’idée. Je ne vais pas non plus insister. Si ma recherche est avant tout celle des raisons du rejet de la politique et des ressorts de sa réappropriation citoyenne, je ne vais pas courir après ceux qui sont censés nous représenter.

Pique nique au pied du village de Cantobre

Pique nique au pied du village de Cantobre

Vallée de la Dourbie

Vallée de la Dourbie

Il est encore assez tôt. Je laisse mes affaires au bar et décide d’aller faire un peu de tourisme, une vingtaine de kilomètres plus loin à la Couvertoirade. Ça monte bien et il fait chaud. Je tente le stop, avec un succès mitigé, et en fais quand même une bonne partie les fesses sur le vélo. Pour le retour, en descente, je laisserai tomber l’idée du stop au bout de dix minutes et me ferai porter par le Brompton jusqu’à la case départ. A la Couvertoirade, je rencontre trois jeunes qui sillonnent l’Ardèche et l’Aveyron en vélo en jouant de la musique et en faisant la manche. Ils m’offrent un bout de pain et de fromage et nous parlons du système démocratique. Ils évoquent le système Suisse, plus participatif, mais avec une société tout aussi consumériste. On se dit que le changement doit d’abord passer par nous-même et que c’est important de maintenir et de faire vivre les alternatives et rassemblements, même si on a parfois l’impression d’y voir toujours les mêmes personnes.

La Couvertoirade

La Couvertoirade

Quand je reviens sur Nant, impossible de remettre la main sur le numéro de téléphone du serveur qui m’avait proposé de m’héberger, sa mère étant fan de « Nus et culottés ». Je discute avec un belge et son fil adoptif, cyclotouriste. Il est 20 heures, il faut faire quelque chose. Je suis crevée, ce sera nuit au camping à prix demi-portion. Après 60 km, je m’endors comme une masse.

Lundi 3 août : De Nant au Vigan

De bon matin, je m’attaque à 500 mètres de dénivelé positif après un petit échauffement jusqu’à Saint-Jean de Bruel. Les montées ne me font même plus peur sous réserve de températures clémentes et d’un peu d’ombre.

Col de la Barrière, à l'entrée des Cévennes

Col de la Barrière, à l’entrée des Cévennes

Viaduc avant le Vigan

Viaduc avant le Vigan

Dans les paysages majestueux des Cévennes du Sud, je passe de l’Aveyron au Gard. J’arrive au Vigan par une voie verte de 4 km sur une ancienne voie ferrée. Un bonheur de promenade. Les journées sans rencontre, bien que celle-ci ne soit pas finie, sont celles où les seules ambiances et paysages me nourrissent.

Promenade du viaduc

Promenade du viaduc

Promenade du Viaduc

Promenade du Viaduc

Promenade du viaduc

Promenade du viaduc

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *