22, 23 et 24 juillet : Sud Corrèze belle nature mais taciturne 

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Mercredi 22 juillet : De Saint Germain les Vergnes à Aubazine, en passant par Tulle

Je voulais voir Tulle, cette ville du président Hollande. J’ai sillonné un peu de la Corrèze, celle du président Chirac. C’est comme s’ils avaient commis ici les mêmes erreurs que celles qu’ils s’obstinent à commettre au niveau du pays.

Tulle

Tulle

Il y avait sûrement de la vie de gros bourg ici auparavant, tout le long de cette rue principale encaissée. Aujourd’hui le marché peut nous aider à l’imaginer. J’en profite d’ailleurs pour me ravitailler en petites quantités et faire travailler les artisans et commerçants locaux : pâtes de fruits, fruits secs, pain d’épices, tranche de rôti de porc. Le tout à un prix que seuls les bobos parisiens peuvent d’ailleurs se permettre.

Tulle

Tulle

Tout autour, la ville est grise, minante. S’y sont greffés des manufactures, des immeubles administratifs et logements à bas coût. Les centres commerciaux constituent à présent les portes de la Ville. Il y a pourtant tant de potentiel pour faire revivre les villages et hameaux par l’agriculture, l’artisanat, la culture.

Tulle

Tulle

Je ne me sens pas à l’aise à Tulle, pas en phase pour de nouvelles rencontres. Le temps est couvert, je suis en forme, j’ai besoin de me dépenser. Je me décide à repartir en direction d’Aubazine, par les petites routes cette fois. Je me suis suffisamment faite frôler par les 4×4 à caravane ce matin. Cela monte en permanence, je souffle, je marche, demande de l’eau à 300 m de l’arrivée. C’est le camping du centre touristique de Coiroux. Rien à voir avec l’ambiance de la veille. Tout est parfaitement organisé, les emplacements parfaitement délimités, les belles caravanes et le top du matos de retour, ça grouille, parle dans toutes les langues. Je n’aime pas ce camping. La proposition intéressante d’assister le lendemain à une représentation sur l’histoire de la ville d’Aubazine ne fait pas le poids face à l’inhospitalier que je ressens dans ce lieu. Sur le papier, c’est le top du camping, avec piscine, restaurant, épicerie, animations, signalétique impeccable qui vous mène jusqu’à un emplacement bien délimité entre trois haies. Cela crée un peu d’intimité vis-à-vis des caravanes et campings-car suréquipés qui m’entourent. Ici les gens ne vous répondent même pas lorsque vous les saluez. Le contact le plus humain que j’ai est celui du lendemain matin, lorsqu’à six heures, je croise la dame qui est en train de nettoyer les sanitaires.

Alors que je bois ma bière du soir, remède anti-courbature, la rumeur de la piscine me fatigue. Je fais mon autiste sur le bar du camping et écoute un peu de musique. Ça fait si longtemps que je me laisse porter par le rythme de Thomas Fersen, Overtones dans mon écriture. Je crois que j’en ai ma dose des campings, et plus je vais descendre vers le sud, plus je crains que cela soit l’usine. La solitude me fait autant de bien dans ce voyage, que les chaleureuses rencontres que je peux faire. Il va falloir que je trouve une solution …

Jeudi 23 juillet : d’Aubazine à Brive la Gaillarde

J’entame la descente vers le village d’Aubazine. A son entrée, le monsieur qui m’avait parlé la veille du spectacle m’interpelle. Je m’assois à côté de sa tablée pour un petit café. Avec son ami, ils me disent que je ne peux pas partir avant d’avoir sillonné le canal des moines, petit cour d’eau dérivé de la rivière et creusé dans la roche par les moines de l’époque. L’un d’eux va garder mon vélo dans sa propriété adjacente, le temps de la petite ballade.

Canal des moines, Aubazine

Canal des moines, Aubazine

Canal des moines, Aubazine

Canal des moines, Aubazine

Canal des moines à Aubazine

Canal des moines à Aubazine

Canal des moines à Aubazine

Canal des moines à Aubazine

Je poursuis vers Brive et découvre un peu par hasard une voie verte d’une dizaine de kilomètres. La personne qui m’a indiqué le chemin un peu avant et s’était vanté de faire du VTT dans les côtes ne me l’avait même pas signalé.

Le sentier est un peu chaotique mais comme il permet de passer entre la nationale que j’entends gronder et la grosse côte de la petite route, je le trouve fort agréable.

Les aléas des chemins de traverses, vers Brive

Les aléas des chemins de traverses, vers Brive

Voie verte à l'approche de Brive

Voie verte à l’approche de Brive

Je débouche sur Malemort, en pleine zone artisanale, sans plus d’indications que cela, mais c’est bien mieux qu’une zone commerciale. J’arrive trop tard à Brive pour le marché.

A partir de là, je traîne, scotchée sur ma tablette pour mettre à jour le site de JIDAV. Ce n’est pas l’idéal pour les rencontres.

Le soir même à Brive, il y a un festival et en tête d’affiche, Shaka Ponk. Il est 17h30, il est temps que je me préoccupe de savoir où je vais dormir ce soir. Il y a en a pour près d’une heure de vélo pour rejoindre le prochain camping. J’aime bien Brive et j’ai envie de profiter de l’ambiance du soir. Je ne suis pas très motivée pour laisser tout cela derrière moi. Sans trop d’espoir, je tente l’auberge de jeunesse et, coup de chance, il reste de la place.

Je ressors pour profiter de l’ambiance du concert et m’attable à côté de quatre personnes en mode présentation du nouveau copain aux parents. Mais ils ne sont pas très causants, et de toute façon, le concert commence et on ne s’entend plus.

Ce sera une journée sans …

Vendredi 24 juillet : de Brive à Monceaux sur Dordogne en passant par Collonges La Rouge

La journée est dédiée au tourisme, au repos et aux proches. J’ai convaincu mes parents de faire 150 Km en voiture pour visiter Collonges-la-Rouge alors que j’en ai en fait 800 en vélo pour venir jusque là. Je pars quand même de Brive à vélo pour les y rejoindre. Comme je hais Google Maps dans certaines circonstances. Je me retrouve d’abord en zone militaire. Puis il me fait prendre une impasse qui débouche sur un chemin de terre, à fort dénivelé, impossible à emprunter avec mon Brompton chargé, même pied à terre. Je me fie donc aux conseils de la dame du bout du chemin. Donc demi-tour, grosse descente puis grosse montée, et … je ressors sur la départementale que je voulais justement éviter ! J’y roule un peu, balançant régulièrement mon bras vers la gauche, dans un geste que j’essaie de rendre le plus gracieux et déterminé possible. Enfin, je me fais cueillir par mes parents. Vu le trafic et les dénivelés qui suivent, ce n’est pas plus mal.

J’aime bien cette pause touristique et outre l’aspect visuel, j’apprécie l’histoire de Collonges-la-Rouge. Tombé en déshérence avec moins de 100 habitants, au début des années 80, son maire a été à l’initiative de la charte des plus beaux villages de France. Aujourd’hui, pas de publicité invasive mais de l’artisanat et de la restauration de qualité qui font revivre chaque échoppe de l’époque faste de l’ancien régime. C’est aussi l’occasion de se remémorer un peu d’histoire du moyen-âge et redonner sens aux expressions « passer l’arme à gauche » (les petits escaliers des murs d’enceintes étaient positionnés, de manière à ce que les ennemis, pour la plupart droitiers, trouvent le mur sur leur droite, devant alors passer l’arme à gauche et s’en trouvant fortement indisposés) et « trier sur le volet » (les échoppes disposaient d’un petit rebord sur lequel les livreurs pouvaient apposer le volet de leur charrette, pouvant ainsi y exposer leur marchandise lors du déchargement).

Collonges la Rouge

Collonges la Rouge

Collonges-la-Rouge

Collonges-la-Rouge

Nous passons ensuite par Beaulieu sur Dordogne. Nous empruntons la route de la vallée de la Dordogne, qui pourrait être toute simple à vélo, avant de me déposer à Monceaux-sur-Dordogne, remontant ainsi un peu au Nord, devant la mine désappointée de ma mère qui ne comprend pas pourquoi je ne veux pas plus me faire avancer sur ma route. Je lui dis que je pourrais tout aussi bien rentrer avec eux dans ce cas ! Ce soir le mot courage, entendu des centaines de fois prend son sens. C’est un moment agréable que de retrouver ses proches sur le parcours, mais les départs enclenchent forcément des émotions. Là je vais chercher dans mes réserves, respire un bon coup et retrouve rapidement le confort et l’intérêt de mon nomadisme. Demain, j’attaquerai finalement avec beaucoup de convictions la grande étape du périple jusqu’à Saint-Gérons : 45 km et 800 mètres de dénivelé positif. Je me remets sur les rails. Advienne que pourra…

Et puis au concert du camping, ce soir résonnent les paroles de Muse : “It’s a new done, it’s a new day, it’s a new life and I’m feeling good …  ”

 

  1 Comment

  1. Anne-Lise   •  

    Chanson de Nina Simone, it’s a new done, it’s a new day, it’s a new life and I’m feeling good, passablement esquintée par Muse, à mon avis, mais des goûts et des couleurs…

     

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